55ème devoir de Lakevio du Goût.

le gout

Que fait donc cette femme, assise sur ces marches ? Le savez-vous nous demande Monsieur le Goût ?

 

C'est quand même fou ! 

 

Je dévale quatre à quatre l'escalier de mon immeuble pour être pile à l'heure devant la porte à 8 heures 15. On ne sait jamais : peut-être Axelle sera-t-elle ponctuelle ce matin. Aujourd'hui c'est elle qui m'emmène au bureau. Chacune son tour. Nous avons adopté le co-voiturage depuis la dernière rentrée. J'aime bien Axelle. Une collègue charmante, toujours prête à rendre service. Tout le monde l'apprécie dans le groupe d'assurances où nous travaillons. Elle est vive, enjouée, a toujours le mot pour dérider gentiment les plus coincées. Et elles ne manquent pas . Je me demande quelquefois comment elle s'y prend. La bonne humeur règne au sein de l'agence et ce, en grande partie grâce à elle.

Je regarde ma montre. 8 heures 20. Pas d'Axelle. J'avance dans la rue pour ne pas rester plantée comme un piquet. Je fais des allers-retours pour me réchauffer aussi . Les matins deviennent frisquets en ce début novembre même si nous bénéficions actuellement de beaux après midi. L'été de la Saint Martin sans doute.

8 heures 25 passées. Mais qu'est ce qu'elle fabrique ? Je ne peux plus continuer à déambuler ainsi. On va croire que je fais le trottoir. Il est tôt quand même pour ce genre d'activité mais des types ralentissent et me fixent. Je souris. Jaune. Mince alors ! J'ai beau regarder : pas d'Axelle en vue. Je me dirige vers une maison fermée depuis longtemps près de mon petit immeuble. Quelques marches permettent d’accéder à la porte d'entrée. Je m'y installe de façon à pouvoir surveiller le carrefour. Je jette un œil à ma montre. Presque 30. Ce n'est pas possible.

Je sors mon portable de mon sac à main. Puis je me ravise et le range aussitôt. Inutile. Axelle ne répond jamais. Combien de fois ai-je fait sonner mon téléphone chez elle pour, que sais-je, la réveiller, la bouster ? Elle ne décroche jamais. Au début, je m'inquiétais. Je rappelais plusieurs fois. Pour rien. Axelle utilise régulièrement l'excuse – quand elle essaie de se justifier - banale et surtout idiote de ne pas entendre parce que sous la douche. La douche a bon dos pour ceux qui fuient. Je ne m'y trompe pas mais je pardonne toujours à ma collègue devant son sourire désarmant quand elle daigne enfin arriver au rendez-vous.

Ça ne va plus du tout. Ce matin je ne suis pas d'humeur. La moutarde monte...Il lui faut une bonne leçon me dis-je. Je vais prendre ma voiture et la planter là. Je cherche mes clefs. Ne les trouve pas. Je m'énerve, renverse ma besace sur la pierre. Et voilà ! Ma trousse de maquillage s'est ouverte et le tube de rouge à lèvres dégringole les marches, suivi par quelques stylos. C 'est de sa faute ! J'enrage.

Un coup de klaxon intempestif me fait lever la tête. Enfin, c'est elle. Pas trop tôt ! Cette fois, c'est sûr, je vais la sermonner. Ça ne peut plus durer : chacune ira de de son côté. Tant pis pour les économies de carburant et la planète. Je ne peux pas commencer ma journée de boulot en étant de mauvais poil chaque fois qu'elle m'emmène au bureau.

Je fourre en vitesse tout mon bazar pêle-mêle dans mon sac et me précipite vers sa voiture. Axelle descend, radieuse. M'embrasse. Ne pense même pas à s'excuser. Quand même, c'est un peu fort ! Je désigne ma montre à mon poignet et rugis : " tu as vu l'heure ? C 'était bien le moment d'arriver en retard aujourd'hui. As-tu oublié la visite du grand patron ce matin ? "

" Mais non, ma chérie. Je n'ai pensé qu'à ça justement. Regarde les petits sablés que je viens juste de sortir du four pour la pause-café avec big chef."  Que voulez-vous répondre ? Ahurissant ! J' hausse les épaules et pousse un profond soupir, résignée. Nous partons enfin direction l'agence avec plus de 15 minutes de retard. Comme d'habitude.

Quand je vous dis qu'Axelle est déconcertante !