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Escapades.

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16 août 2026

Suzanne au square.

Pour le Défi du Samedi. Ecrire un texte en s'inspirant de cette photo :

Suzanne au square.

 

Chaque après midi, depuis qu'elle habite cette petite ville du sud ouest de la France, Suzanne se rend au jardin public. Il est un peu éloigné de son domicile mais elle tient à y aller à pied, histoire de se dégourdir les jambes comme elle dit. Qu'il pleuve ou qu'il vente, voilà sa sortie journalière et elle n'y déroge d'aucune façon.

 

Passé les grilles, elle va directement s'installer sur un banc de pierre posé devant un massif de fleurs. Il borde un petit bassin où les enfants pataugent allégrement en été. Quand il fait beau, elle s'assoit et lit ou bien regarde avec tendresse les petits jouer dans l'eau. Elle rit avec eux quand le jet l'éclabousse. Elle en apprécie la fraîcheur ainsi que celle dispensée par l'ombre des arbres du parc.

 

Ce qu'elle aime par dessus tout, ce sont les fleurs qui agrémentent le parterre devant elle. Il change d'aspect quatre fois l'an au fil des saisons lui a dit un jardinier. Au printemps dernier c'était une symphonie de tulipes rouges tranchant sur le jaune des jonquilles, le blanc nacré des narcisses au cœur d'or, les clochettes des jacinthes fuchsia et bleu pastel dont le parfum envoûtant se répandait jusqu'à elle. Les pâquerettes, bravant leur timidité se haussaient bravement pour donner l'ultime touche à l'ensemble en faisant éclater leur blanc immaculé. Un enchantement.

 

Cet été, Suzanne a admiré les gaillardes orangées ourlées de jaune ardent, les campanules violettes, les asters au bleu pâle délicat et les freesias multicolores. Un mélange harmonieux, visité par une multitude d'abeilles et de papillons voletant de ci de là dont elle a profité pleinement. Il a rendu ses visites journalières riches en émotions diverses. Suzanne s’abîme dans ses pensées quand son regard se perd parmi les fleurs. Elles rendent sa solitude plus supportable et elle leur en sait gré.

 

La vieille dame, installée depuis avril dans la cité n'a pas encore vu le parterre en hiver. Il n'est pas encore temps d'y penser. Ce sera la surprise. En attendant, hier elle a remarqué qu'il était à nu. Elle a hâte de voir ce que le jardinier aura planté ce matin. Elle s'arrête. Le massif, paré pour l'automne est magnifique, même de loin. Les jardiniers sont des poètes pense Suzanne en souriant pour elle même. C'est un éblouissement. Les pourpres, jaunes, oranges des chrysanthèmes illuminent le coin préféré de Suzanne. Elle s'approche pour regagner son banc comme d'habitude.

 

C'est alors qu'elle distingue, un peu en retrait, une masse sombre posée au milieu des fleurs. Elle n'en croit pas ses yeux. Qui a osé interrompre la sérénité du massif ? Qui a osé installer là une statue ? Suzanne aime les enfants et ce bronze représente une fillette très jolie mais pour elle, il n'a pas sa place dans SON parterre de fleurs. Il se s'intègre pas et détruit l'harmonie du lieu. Elle va en faire part à la mairie. Et puis non. Ce n'est pas son genre d'aller se plaindre. Elle finira par s'habituer. Qui sait ? Elle trouvera peut être plus tard un charme nouveau à son massif...

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9 août 2026

Lutins sylvains.

Pour le Défi du Samedi. Ecrire un texte à partir de cette image : 

Lutins sylvains.

 

Jan et Greta sont tristes. Tellement tristes. Leur forêt landaise brûle et ils sont impuissants. Ils aimeraient se changer en géants, là, tout de suite pour venir à bout de l'enfer. Mais ils ne sont que des lutins chagrins et désarmés face à ce désastre. Ils ont dû quitter en urgence leur jolie maison, un gros champignon rouge à pois blanc bien ancré dans la tourbe et caché dans la mousse au pied d'un pin posté en lisière. Ce dernier s'élançait vers le ciel pour se laisser bercer pas le chant de l'océan tout proche. Et il dansait dansait. Aujourd'hui, sans crier gare leur vieil ami, surpris par la violence des flammes a laissé choir une de ses branches déjà noircie sur la fragile habitation. Quand il a compris que ses dernières forces allaient l'abandonner il a supplié son locataire Octave le hibou de sonner l'alarme ce que ce dernier a fait en ronchonnant. Pas un mauvais bougre Octave mais pas très serviable.

 

Les deux lutins ont juste pris leur panier plein de graines et leurs lanternes, les lucioles qui les guident habituellement et se sont réfugiés sur la plage avoisinante.

Bientôt tous leurs compagnons font de même. Chacun lutte pour sa survie. Une harde de sangliers à la tête de laquelle ils reconnaissent le vieux Bougon aux défenses redoutables est déjà installée près de gros rochers. Il paraît qu'ils sentent le danger avant tout le monde. Sans perdre de temps ils fouillent le sol à la recherche d'on ne sait quoi. Une habitude chez eux. On voit arriver par petits bonds Noisette l'écureuil et sa famille. Prudents comme toujours, chacun d'eux a rempli sa bouche de provisions. On dirait qu'ils ont une sacrée rage de dents ne peut s'empêcher de penser Greta. Ventre à terre déboule Jeannot le lièvre peureux et sa marmaille. Affolés, les chevreuils s'enfoncent dans le sable et ne savent plus où aller. C'est misère de les voir courir dans tous les sens. Une horde d'oiseaux fous se pose sur la mer formant une vague panachée et ondulante. Péniblement une famille de hérissons s'approche et forme un tas épineux sur le sable. On remarque, chose curieuse, la belette aux côtés de la fouine, le chat sauvage en compagnie de la martre. De tels comportements intriguent mais personne ne s'y arrête. L'heure n'est plus aux désaccords. Les abeilles, guidées par leur reine atteignent en vrombissant les pins en limite de plage. Tous les insectes qui le peuvent se rassemblent près de l'océan. Jan pense à ses amies les souris dont il remarque l'absence. Il espère qu'elles ont trouvé refuge dans les profondeurs de l'humus comme tous ceux qui vivent habituellement sous terre. Il se désespère en redoutant la mort presque certaine de tous ceux de ses compagnons qui n'ont pas eu la force de fuir pour survivre.

 

Ils regardent tous, fascinés et avec effroi les flammes voraces courir, grimper, envahir, brûler avec rage chaque parcelle de leur forêt. Des lueurs rouges et orangées plombent l'horizon. Des crépitements sinistres ont remplacé la douce harmonie des sons habituels de leur univers. Des braises incandescentes jaillissent puis retombent en cascade infernale pour semer la terreur toujours un peu plus loin. La fumée, épaisse et âcre vient jusqu'à eux et ils ont du mal à respirer. Qu'ont ils fait pour mériter l'enfer ? Chacun s'interroge et se résigne, paralysé devant l'ampleur de la catastrophe.

 

Greta sort soudain de sa torpeur et d'un léger coup de coude alerte Jan. Non. Ils ne peuvent pas rester là sans rien faire. Ce sont eux les magiciens de la forêt. Il faut redonner de l'espoir à leurs amis. Elle a une idée. Elle doit de toute urgence contacter le petit garçon qui la chatouille quand il vient près de chez elle ramasser des pommes de pin. Elle grimpe sur sa main et il rit aux éclats. Personne ne sait le lien qui les unit. Sûrement pas les adultes qui ne comprennent jamais rien à rien.

 

Bientôt ô miracle dans le ciel se déploie un magnifique cerf-volant aux couleurs chatoyantes. Un garçonnet en tire les ficelles avec ardeur. Les animaux aperçoivent alors à l'extrémité du bel oiseau Jan et Greta brandissant une pancarte pleine de promesses. Ils oublient pendant quelques secondes leur malheur et chacun à sa façon exprime silencieusement sa reconnaissance aux lutins. Il ne leur reste que l'espérance.

1 août 2026

Les lucioles.

Pour le Défi du Samedi. Ecrire un texte à partir de cette image : 

Les lucioles.

 

Il est, dans la vie des croisements inopinés qui peuvent parfois faire dévier le cours de l'existence. Eliette peut en témoigner. Et les lucioles aussi.

La jeune femme passe toutes ses vacances dans sa maison de famille à Saint Sauveur. Le mois de juin la ramène dans son village de naissance tous les ans. C'est pour elle un vrai bonheur, une parenthèse attendue. Elle vit au Etats Unis où elle travaille en tant qu’œnologue. Elle se donne toute pour ce métier, appris à Bordeaux dans un château célèbre. Aussi, elle aspire à retrouver le calme et la nature qu'elle aime pendant quelques temps en Limousin. Cela lui permet de se ressourcer et elle prise ces moments privilégiés.

 

Comme chaque soir, depuis son retour, elle prend son vieux vélo pour sa promenade vespérale. Elle l'a sorti de la remise où il l'attend, fidèle compagnon depuis ses randonnées d'enfance et d'adolescence.

Hier, elle a appuyé sa bicyclette contre le tronc du gros tilleul de la cour. Elle s'arrête pour s'enivrer du parfum de miel de ses fleurs qu'il prodigue en abondance. Les abeilles, affolées et laborieuses bourdonnent dans ses ramures et y butinent sans relâche pour leur récolte. Eliette se promet d'en cueillir demain pour les mettre à sécher. Elle les emportera pour les tisanes d'hiver. Elles lui sont précieuses.

 

Eliette emprunte la vieille route qui conduit au bourg. Elle est devenue à peine carrossable. La mousse a pris le dessus sur le goudron et trace une jolie bande verte en son milieu. Tout est paisible. Le silence est seulement troublé par le souffle léger du vent dans les hauts peupliers et le cri-cri des grillons dans le fossé. Tout en pédalant tranquillement Eliette se remémore ses jours d'école où elle prenait le même chemin. Il était fréquenté alors. On y croisait le facteur, lui aussi poussant son vélo, quelques ménagères des villages avoisinants allant à pied à la messe ou à l'épicerie, des hommes conduisant leur attelage vers les champs. Il y en avait encore malgré l'afflux des tracteurs.

 

Les bas côtés, envahis par les ronces regorgent de mûres. La jeune femme n'aura pas le loisir de se tacher les doigts comme avant puisqu'elles ne sont pas encore d'un noir d'encre. Elle en mangeait jusqu'à plus faim et revenait toute barbouillée à la maison. Ses vêtements maculés lui promettaient la colère de sa mère. Mais qu'importe. Sa gourmandise l'emportait toujours.

 

Ce qu'elle aimait surtout c'était découvrir les lucioles. Pour elle, petite fille, elles étaient des fées agitant leur baguette magique dans le fossé humide des dernières pluies pour faire de la lumière. Déjà le mot lui même l’entraînait dans le rêve. Il y en avait juste là, au dessous de cette masse de bruyère violette parmi les belles digitales pourpres qu'il ne fallait surtout pas toucher. Les vers luisants allumaient les fougères leur donnant une apparence enchantée. Eliette savourait son secret, celui d'avoir décelé d'invisibles et magnifiques présences qui n'étaient que pour elle. Eliette se penche, emportée par son imagination et ses souvenirs. Patatras ! La voilà par terre, son vélo par dessus. Elle tente de se relever mais sa cheville droite la fait souffrir. Zut ! Comment faire ?

 

Devant elle soudainement une apparition. Il est grand. Il est brun. Il abandonne sa bicyclette et se presse vers elle. Il a compris. Il lui demande de ne pas bouger. Qui est il ? Eliette ne l'a jamais vu. Pourtant elle connaît tout le monde ici. Il dit qu'il va revenir avec sa voiture et rebrousse chemin.

 

Quand il est à nouveau là, Eliette a réussi à se relever malgré la douleur. Elle a posé son vélo contre une vieille borne oubliée en bordure de la route. Tout de suite il examine sa cheville.

- Je suis médecin. Vous avez juste une foulure. Je m'appelle Timothy. Tim. Je suis londonien. Mes parents viennent d'acheter le corps de ferme des Debrach. Je suis en vacances. Mais montez plutôt. Je vous ramène chez vous.

- Je m'appelle Eliette. Pardon pour le dérangement. Je suis stupide. Je me suis laissée emporter par mes souvenirs. J'habite juste à côté et je...

Alors qu'il ramasse le vélo de la jeune femme il s'arrête puis déclare :

- Regardez.

- Pardon ?

- Regardez. Là. Sur la borne. E et T. C'est écrit. Nous devions nous rencontrer. C'était écrit.

Ils éclatent de rire à l'unisson. Eliette remarque juste derrière elle des scintillements jaunes et verts dans les herbes.

Elle pense alors avec amusement que ce sont autant de clins d'œil de la nature complice...

9 mai 2026

Chroniques félines au vieux port de Marseille.

Pour le Défi du Samedi. Le mot : VALETUDINAIRE.

Chroniques félines au port de Marseille.

 

  • Salut Coco !

  • Tiens ! Te v'là Hermès ? Juste à temps pour ma dose de sardines !Bonne mère, quelle mine ! D'où sors-tu ?

  • Ne m'en parle pas ! De nulle part. Mais j'ai fait de la ronron-thérapie toute la nuit.

  • Peuchère ! De la ronron quoi ?

  • Ah ça ! Bien sûr, tu ne connais pas, toi qui passes ta vie à marauder partout au lieu de t'instruire un peu.

  • Je suis pas un chat de riche, moi. J'ai pas ta culture, moi. Et...Tu veux savoir ? Je m'en fiche.

Toi, tu dois feinter pour venir ici tandis que je vais où je veux, quand je veux.

- Allez ! On ne va pas commencer à se chamailler. La preuve que je ne suis pas snob : je suis L là avec toi. Pourtant, tu n'es guère appétissant avec ton pelage mité.

  • Oh ça va ! Pas eu le temps de faire une grande toilette. J'avais trop faim. Mais la ronron je ne sais quoi tu m'as pas expliqué !

  • Madame était stressée hier soir après une scène avec Monsieur. J'ai l'habitude. Ils n'arrêtent pas de se quereller. Et souvent pour la même chose. Monsieur demande avec un clin d'œil coquin : « nous dînons ce soir Bertille ? » Ce à quoi Madame répond invariablement : «Enfin Conrad vous savez bien que c'est impossible. Je suis valétudinaire. »

  • Elle est vétérinaire ta patronne ?

  • Peuh ! Laisse tomber. Elle est malade le soir pour son mari mais sûrement pas l'après midi pour le jardinier... Je m'en fiche un peu de leurs disputes, remarque. Mais ensuite, je dois soigner. Pour le fun.

  • Mazette ! Tu m'épates. Dis voir ! Tu la soignes comment ?

  • Ben, en faisant de la ronron-thérapie justement. Madame m'installe sur son ventre et je suis assigné à résidence toute la nuit.

  • Je suppose qu'elle compense avec des croquettes de premier choix et des friandises. J'ai jamais compris pourquoi, toi, si bien nourri, tu aimes à venir sur ce quai puant. Avec le nom que tu portes, ta place se trouve plutôt dans les salons parfumés.

  • Trop drôle ! Il me semble que toi aussi tu portes – mal, d'ailleurs - un nom d'effluve. Si elle te voyait Mademoiselle Coco ! Écoute, tu ne vas pas t'en plaindre je suppose si je viens par ici ? Je te donne mes sardines. Mais ce n'est pas seulement pour toi, mon cher ami que je passe de temps en temps au port.

  • C'est vrai, tu es sympa et comme tu ne manques pas d'adresse, je suis bien servi. Té vè ! Je me demande ce qu'ils fabriquent nos deux vieux sur leur rafiot. Ils ont tellement d'arthrose qu'ils n'arrivent plus à sortir la poiscaille des filets. Et moi, j'ai la dalle. Ils devraient prendre leur retraite, tiens !

  • Arrête ! S'ils ne te nourrissaient pas, toi et ta clique, je me demande comment vous subsisteriez. Les souris, ce n'est pas votre mets préféré parce qu'elles ne vous tombent pas dans la gueule toutes rôties. Il faut un peu les courser avant. Vous passez votre temps à dormir ou faire des galipettes et des petits ! Regarde un peu ! Tous les jours, il y a une portée de plus dans le coin.

  • Haha ! Tu es jaloux ? Tu ne risques pas d'avoir des aventures toi puisqu'il te manque l'essentiel. Vise un peu les mouflettes à droite. Va leur demander si je suis manchot.

  • Mais...Mais... ! Je vais te surprendre : je peux quand même. Tu veux que j'aille semer mes phéromones chez tes minettes ? On verra bien qui elles choisiront la prochaine fois. Si tu n'étais pas mon copain, nous aurions conclu depuis longtemps, figure toi. Si je viens ici...

  • Et bien voilà ! Pendant que tu lorgnes ce qui t'appartient pas, le Borgne a attrapé au vol la première sardine. Je ne vais pas la lui disputer : il est mauvais comme une teigne et il ne rêve que de m'arracher les yeux depuis que je lui ai taxé sa copine.

  • Quel courage ! Je crois effectivement qu'il vaut mieux l'éviter celui là. Sa nouvelle amie est bien à mon goût si tu vois ce que je veux dire. Et d'une ! Et de deux ! Le voilà ton petit déjeuner tout frais, râleur ! Profite bien. Moi, je vais me mettre au chaud. A demain

 

8 mai 2026

Phénomènes naturels et croyances.

Pour le Défi du Samedi. Le mot à insérer dans le texte : TROUILLE.

 

Phénomènes naturels et croyances.

 

Pascal-Etienne était resté alité toute la journée. Ça ne lui ressemblait pas mais personne à la maison n'avait semblé tellement inquiet. Pascal-Etienne, mon grand-père maternel dont j'ai déjà parlé ici était agriculteur de son état et garde-champêtre dans un état second – ce qui lui arrivait assez souvent.

Les conflits de voisinage dans la commune lui donnaient l'occasion de prendre son vélo pour aller faire la police là où on le lui demandait. Et visiblement, il adorait maintenir l'ordre. Les paiements pour son dérangement se faisaient en nature à coup de verres de pinard. Ça aussi il adorait...

 

De temps à autre il allait rendre visite à son frère dans une autre paroisse. Il prenait sa journée – souvent l'hiver quand les travaux de la ferme ne nécessitaient pas une présence constante. Pour se rendre chez mon grand-oncle, le chemin était rude. Il fallait descendre la colline sur laquelle nous habitions à travers bois et prés, traverser la rivière sur un pont de fortune fait avec quelques troncs d'arbre posés les uns à côté des autres. On grimpait ensuite un bout de temps dans les mêmes conditions pour atteindre la colline d'en face où logeait cette partie de la famille. Il n'y avait pas de portables, ni même de téléphone pour se donner rendez vous mais qu'importe. On était toujours bien accueilli partout où on allait. On ajoutait un morceau de cochon du saloir dans la marmite et tout le monde était content. On ne manquait pas de pain puisqu'il était fait dans le four de la propriété et même s'il était rassis on se régalait quand même. C'était le plaisir de l'ailleurs où chacun le sait, l'herbe est toujours plus verte ! J'ai quelquefois accompagné mon grand-père dans mes jeunes années et c'était des sorties inattendues et réjouissantes pour moi.

 

Pascal-Etienne avait donc fait en ce jour de décembre, juste avant Noël, une escapade jusque chez son frère, seul cette fois là. Il était rentré tard, la nuit largement tombée. On se demandait à la maison s'il ne fallait pas partir à sa recherche quand il est apparu, livide. Il n'a pas soupé et il est monté directement dans sa chambre. On ne l'a revu que le surlendemain. On sentait bien qu'il s'était passé quelque chose. Nous avons pensé qu'il avait eu peur en traversant la rivière, grosse à ce moment là. Comme il avait l'air soucieux et ne parlait pas, nous en avons conclu qu'il s'était disputé avec son frère. C'était déjà arrivé quelques fois quand ils en avaient tous les deux un coup dans le nez.

 

C'est moi qui ai eu le fin mot de l'histoire trois ou quatre jours après quand j'ai surpris une conversation que Pascal-Etienne avait entamée avec notre plus proche voisin dans leurs jardins respectifs. Mon grand-père expliquait qu'il avait eu la trouille de sa vie en revenant de chez son frère. Il assurait qu'il avait vu les flammes de l'enfer. Non ce n'était pas un incendie dans les alentours. Il s'agissait selon lui de lambeaux écarlates hauts dans le ciel qui se mouvaient lentement.

Assurément ce n'était rien de bon. Il y avait du malheur dans l'air. Comme il était un ancien poilu de 14 il redoutait l'imminence d'une autre guerre. A l'écouter moi aussi j'ai eu peur.

 

C'est quelques temps plus tard que j'ai appris à l'école qu'il s'agissait d'une aurore boréale. L’institutrice l'avait admirée – disait-elle – avec son mari le même soir où elle est apparue à mon aïeul. Elle nous a expliqué le phénomène. Je me suis bien gardée de rapporter ses propos à mon grand-père qui ne m'aurait pas crue et aurait qualifié la maîtresse de « madame je sais tout ». Lui avait ses certitudes bien ancrées et n'était pas près d'en démordre

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18 avril 2026

Femmes parfaites.

Pour le Défi du Samedi. Mot de la semaine dernière : radotage. Mot de cette semaine : stramoine.

 

Femmes parfaites.

 

Eva et Anna partagent tout depuis toujours. Normal ce sont de vraies jumelles. Elles sont en couple toutes les deux avec des enfants. Le choix du roi comme on dit car elles ont chacune un garçon puis une fille, âgés d'une dizaine d'années aujourd'hui. Leur progéniture leur donne entière satisfaction. Leurs compagnons sont charmants, attentionnés et gagnent très bien leur vie. Elles mêmes exercent le métier qu'elles ont voulu, celui d'avocate pour Eva et professeur de lettres pour Anna. Elles disposent d' une belle maison avec jardin et piscine. Enfin, la vie leur souriait et tout allait pour le mieux jusqu'à présent.

 

Mais voilà : le démon de la quarantaine s'est emparé des jeunes femmes. La routine dans leurs couples respectifs et une envie d'aventure les ont conduites à l'adultère. Rien de très original en somme. Sauf que les sœurs partagent le même amant. A l'insu de ce dernier évidemment. Elles le nomment entre elles Janus, clin d'œil au dieu romain des portes. Marc – son vrai prénom – leur ouvre en effet de nouveaux horizons. Grâce à lui elles ont retrouvé un dynamisme qui avait tendance à s'essouffler. Personne ne s'en plaignait jusque là. Les maris étaient bien trop occupés par leur travail et leurs activités sportives pour se rendre compte du moindre changement dans le comportement de leurs moitiés. Et puis, c'est bien connu les conjoints font preuve parfois d'une certaine suffisance en pensant que leurs femmes leur sont toutes acquises et ne peuvent de ce fait aller voir ailleurs.

 

Depuis quelques semaines, les jumelles remarquent un changement dans le comportement de Marc.

Eva, lors de son rendez vous du lundi soir alors qu'elle est sensée être en salle de gym, trouve que son Janus est plus distant, moins performant. Anna constate la même chose le vendredi après midi. - normalement pour sa famille elle donne des cours de rattrapage au lycée. Bizarre ! Y aurait-il anguille sous roche ? A t-il l'intention de mettre un terme à leurs rencontres réciproques ? Ou alors...ou alors il y a t-il de la concurrence ? Elles s'interrogent sur la meilleure façon d'en avoir le cœur net. L'une propose d'en parler clairement avec lui. L'autre pense que ce n'est pas opportun. Il va falloir faire preuve d'ingéniosité et de délicatesse pour découvrir le pot aux roses.

 

Après bien des conciliabules et avoir envisagé plusieurs solutions, elles décident de se rendre chez une personne dont Eva a entendu parler par une amie. Il paraît qu'elle fait des miracles pour sonder les gens sans qu'ils s'en rendent compte. C'est peut être de la sorcellerie pensent-elles en se moquant mais il faut tenter la chose puisqu'il n'y a aucun risque paraît-il.

 

Elles visitent Madame M. et lui narrent leur problème. Après avoir écouté attentivement leur propos elle assure qu'elle a ce qu'il faut. Elle se dirige vers une armoire d'où elle sort un petit sachet brun fermé par un fil rouge. Elle précise que ce sont des graines de stramoine mais en infime quantité puisqu'elles sont mélangées à des feuilles séchées de sauge. Il suffit d'en faire une infusion et d'en verser un peu dans la boisson de la personne concernée. Sous légère hypnose elle ne se rendra compte de rien et avouera tout.

 

Les sœurs ne sont pas très convaincues et pensent à du radotage de bonne femme qui se fait passer pour guérisseuse afin de soutirer quelques dizaines d'euros à ses visiteurs. Elles apprennent avec effroi sur internet que la stramoine est une plante dangereuse et possiblement mortelle. Sans hésiter, elles jettent le petit sac dans un égout. Tant pis. Elles ne peuvent quand même pas assassiner leur amant parce qu'il a des pannes. Il est peut être juste fatigué après tout. Elles se promettent de le ménager quelque temps. Ensuite elles aviseront. En attendant, il y a toujours les maris...

4 avril 2026

Où cha vous mène...

Où cha vous mène... !

Pour le Défi du Samedi. Le mot de Walrus : questionnaire.

Mauricette Mathou à la gendarmerie.

 

- Bonjour Madame Mathou. Asseyez vous.

- Pourquoi je suis là ? Qu'est ce qui se passe ?

- Je vais tout vous expliquer Madame Mathou. Déclinez votre identité s'il vous plaît.

- Hein ? Quoi ? Vous le savez comment je m'appelle puisque vous m'appelez par mon nom.

- C'est la procédure Madame Mathou. Alors vos nom, prénom, date de naissance...

- Je veux savoir pourquoi vous m'avez fait venir ici. D'abord ouvrez la fenêtre. Ça pue la sueur et le tabac dans cette pièce.

- Soyez polie Madame Mathou. Faites ce que je vous demande, on verra ensuite.

- Mauricette Mathou née le 15 août 1946 au château de Cazillac. Vous connaissez mon adresse puisque vous m'avez envoyé une lettre.

Soupir du gendarme.

- Vos parents ?

- Ben ils sont morts vous vous en doutez non, vu mon âge. D'ailleurs je n'ai pas eu de père. Ma mère était bonne au château et on peut dire qu'elle servait, oui, à tout et surtout au...

- Je ne vous demande pas ça Madame Mathou.

- Ben alors vous voulez savoir quoi ?

- Ce que vous faisiez hier soir à la tombée de la nuit  dans la rue.

- Je sortais ma poubelle.

- Il y avait quoi dans votre poubelle ?

- ???

- Nous on le sait Madame Mathou ce qu'il y avait dans votre poubelle.

- Hé Michou ! Michou ?

Le gendarme interpellé par la bonne dame passe dans le couloir en baissant la tête.

- C'est Michou. Ah je lui en ai donné des bonbons à ce gamin et même plus mais...Un ingrat. Il ne veut pas me parler.

- Il est en service Madame Mathou.

- Ça change quoi. C'est un ingrat je vous dis. Je lui ai tout appris si vous voyez ce que je veux dire...

- Hum hum. Alors Madame Mathou dites nous un peu : il y avait quoi dans votre poubelle ?

- Rien. J'en ai marre de ce questionnaire à la …

- Madame Mathou, ce n'est pas un questionnaire. On est pas chez le médecin ici. C'est un interrogatoire et vous devez répondre aux questions.

- Si je dois répondre aux questions c'est bien un questionnaire. Qu'est ce que vous voulez que je vous dise ? Je ne sais même pas pourquoi je suis là.

- Bon. Voilà. Votre voisine, Madame Michel a perdu un chat et elle vous accuse de l'avoir tué et jeté dans votre poubelle. Elle a porté plainte contre vous.

- C'est la meilleure ! La mère Michel est folle et elle a tellement de chats qu'elle ne les nourrit pas tous. Ils viennent miauler chez moi et je leur donne à manger, pauvres bêtes. D'ailleurs, vous pouvez demander à Monsieur le curé. Je suis allée me confesser ce matin pour faire mes Pâques dimanche et si j'avais commis un crime je le lui aurais dit.

- Commis un crime ?

- Mais tuer un chat c'est un crime non ?

- Euh oui. Certainement. Signez votre déposition Madame Mathou. Vous pouvez y aller merci. On vous tiendra au courant.

En sortant Mauricette tombe nez à nez avec Michou dans le couloir.

- Ben alors mon petit Michou, on fait pas la bise à Momo aujourd'hui ?

 

L'expression « faire ses Pâques » signifie se confesser et communier pendant le temps pascal dans la religion catholique.

4 avril 2026

Le prieuré de la Saulière.

 

Pour Jerry Ox en particulier et pour ceux qui viennent ici en général.

Ce qu'il reste du prieuré de la Saulière bien caché dans les bois du même nom. On ne voit pas la chapelle qui se trouve plus à l'avant.

28 mars 2026

Au prieuré de la Saulière au Moyen Age.

Pour le Défi du Samedi. Incorporer le mot palimpseste dans son texte.

 

 

Au prieuré de la Saulière au Moyen Age.

 

Ils sont une dizaine de moines à vivre au prieuré artigien de la Saulière près de Brive sous la règle des chanoines de Saint Augustin. Le site, isolé au milieu d'une nature sauvage et cependant riante offre tous les agréments nécessaires à ces âmes contemplatives. Les jours s'y écoulent tranquillement, rythmés par les offices liturgiques et la prière, le travail et les repas dans le silence du réfectoire.

Chaque frère se voit imposer par le prieur des tâches bien précises. Parmi celles de Frère Hélie il en est une qui consiste à s'occuper du scriptorium afin d'assister les frères copistes Adémar et Odilon. Très souvent, il en a assez Frère Hélie de gratter les parchemins qu' Adémar et Odilon couvrent de leur écriture toute la sainte journée sans en prendre soin ! Le prieur, Dom Aymeric délivre avec parcimonie les supports qui coûtent cher mais rien n'y fait. Les moines, surtout Odilon, continuent de souiller copieusement les manuscrits en trempant leurs calames dans l'encre et Frère Hélie n'arrête pas de gratter avec sa pierre ponce en faisant très attention de ne pas endommager la peau. Et ce n'est pas tout : il faut ensuite laver méticuleusement le palimpseste avec du lait et du son d'avoine avant de le mettre à sécher pour qu'il soit en parfait état pour être réutilisé. Mais Hélie se doit de servir ses frères en toute humilité et il s'y applique du mieux qu'il peut. C'est aussi lui qui fabrique l'encre à partir de noir de fumée et prépare les roseaux pour les calames.

 

Quand il peut s'évader dans la nature pour accomplir son travail Hélie ne se sent plus de joie. Il aspire à ces moments de liberté où son âme simple se complaît. On le voit dévaler les pentes à toute vitesse comme s'il avait le diable aux trousses pour rejoindre son lieu favori. Son visage rond est fendu d'un large sourire qui ne le quitte plus. Parfois il a un peu honte de sa béatitude en se remémorant les paroles de Dom Aymeric qui assure qu'on ne peut être heureux ici bas que dans la prière. Alors Hélie se signe et demande pardon à Dieu mais son naturel reprend vite le dessus. Il est gai comme un pinson en rejoignant le ruisseau où il pêche quelques truites pour les repas de la communauté le vendredi. S'assurant d'un regard circonspect que personne ne l'épie, il retrousse vivement sa robe de bure, en glisse les pans dans sa large ceinture de cuir et patauge allègrement dans l'eau de la petite rivière. Comme il est heureux ! Tellement heureux qu'il pense naïvement que tout là haut le Seigneur le contemple avec bienveillance. Il nourrit ensuite les cygnes de l'étang venus à sa rencontre et prélève parfois quelques plumes pour le scriptorium. Les volatiles se laissent dépouiller sans rechigner ni mordre. Les animaux du prieuré aiment Hélie pour sa douceur envers eux et les soins attentifs qu'il leur prodigue.

 

Aujourd'hui, avant de grimper la colline et rejoindre l'abbaye pour l'offrande du soir, Hélie fait un petit détour pour s'assurer que tout est en ordre à la fontaine. Il est en charge de son entretien et s'en occupe avec une ferveur toute particulière. Son eau guérit les enfants atteints de scrofule. Il est fier car le prieur lui demande à lui et à lui seul de l'accompagner à la source miraculeuse quand un enfant se présente au monastère. En effet, les petits se laissent curieusement tremper dans l'eau par Hélie sans protester ni pleurer. Curieusement ils ne craignent par l'eau très froide, même en été, Hélie qui les soutient semblant leur communiquer sa chaleur corporelle. Qui fait des miracles ? L'eau ou bien le moine dont les prières ardentes pour guérir les bambins s'élèvent jusqu'au Ciel ? Nul ne le sait mais les résultats positifs ne sont pas discutables.

 

La cloche appelant aux vêpres vient de retentir. Frère Hélie, surpris et en retard regagne le prieuré aussi vite qu'il en est parti en début d'après midi. Il craint le regard sévère de Dom Aymeric mais il sait que le beau brochet qu'il rapporte saura l'attendrir. Même les hommes de Dieu ont leur petit péché mignon.

23 mars 2026

De fil en aiguille.

Ecrire un texte avec cet incipit : elle arriva chez nous un dimanche. Ceci pour le site ACDP.

 

De fil en aiguille.

 

Elle arriva chez nous un dimanche après midi de février avec ses sœurs. Il pleuvait à verses. Nous nous apprêtions à regagner l'abbatiale pour les vêpres quand on toqua violemment à la porte du monastère. La sœur tourière ouvrit et nous appela. Nous découvrîmes alors trois fillettes accompagnées d'un homme à l'aspect peu amène. C'était pitié de voir ces petites trempées comme des soupes. Mon Dieu, ces enfants sentaient le malheur. Très pâles, très maigres, elles semblaient perdues et nous regardaient sans nous voir. La Mère Supérieure les pria d'entrer.

 

Le personnage hirsute, sale, qui chaperonnait les filles expliqua brièvement qu'il était leur père. Il venait de perdre sa femme et ne pouvait, pour le moment - dit il - s'occuper de ses enfants. Il était colporteur et toujours par monts et par vaux. Il ne paraissait pas affecté par ses épreuves et était surtout pressé de partir. Dieu me pardonne j'avais hâte de le voir disparaître.

 

La Mère Supérieure me demanda à moi, sœur Euphrasine de les accompagner à la cuisine pour les nourrir et les réchauffer. L'homme dévora à grand bruit un bouillon où il avait mis à tremper du pain. Il demanda, sans gêne aucune, du vin et un casse croûte pour la route. Les petites n'osaient pas manger. Deux d'entre elles se serraient l'une contre l'autre sans bouger. La troisième me fixa durement et soudain, d'un mouvement brusque se laissa tomber sur le banc, prit son bol et avala goulûment.

 

Rassasié, le bonhomme recommanda aux enfants d'être sages et promit de revenir les chercher bientôt. Il prit son baluchon et partit sans se retourner dans sa charrette attelée à un cheval. J'étais soulagée. Les petites n'avaient pas fait un geste vers lui. Je les conduisis aussitôt au dortoir où je dénichai pour elles des vêtements secs et chauds. Un peu revigorées, elles se nommèrent. L'aînée était Julia âgée de 13 ans, la plus petite avoua timidement s'appeler Antoinette et avoir 8 ans. La troisième pointait le menton en avant, l'air farouche, sans décrocher un mot. Ce fut sa sœur Julia qui m'apprit qu'elle était Gabrielle et avait 12 ans.

 

La vie reprit son rythme habituel au monastère. Gabrielle me fut confiée lors des cours de couture que je dispensais. Cette enfant, grande, efflanquée et très brune se rebellait souvent. Elle ne se mêlait jamais aux autres orphelines. Elle rêvait, les yeux perdus dans l'observation des vitraux. Je remarquai très vite qu'elle avait un don pour manier l'aiguille. Réfractaire, elle semblait prendre un malin plaisir à coudre comme elle l'entendait. Je n'intervenais pas tant j'étais admirative de son goût et de son adresse. Bien entendu la Mère Supérieure était au courant et devant son excellence comprenait que cette enfant avait devant elle un brillant avenir si toutefois, elle s'en donnait la peine. Mais elle comme moi n'en doutions pas au vu de la vive intelligence, de la forte personnalité et de la détermination affichées par Gabrielle.

 

Quelques années plus tard, nous apprenions avec fierté que nous avions eu raison. Gabrielle était devenue une grande couturière au style unique dans le milieu de la mode. Elle marquait son attachement pour nous les religieuses qui l'avions sortie de la misère en donnant le noir et le blanc à la couleur des vêtements de sa création. De plus, nous comprenions avec un certain amusement son obsession pour les vitraux entrelacés de l'abbatiale : elle les avait choisis pour le logo de sa marque. Au monastère d' Obazine en Corrèze, Gabrielle, Bonheur Chasnel savait qu'elle serait un jour Coco Chanel.

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