Gâteaux bretons.
Pour le Défi du Samedi. Le mot : grommeler.
Gâteaux bretons. (suite de « Ficelle jusqu'au bout »)
Mon chien Ficelle se débattait sous mon bras. Il n'en avait pas assez, de toute évidence de poursuivre la volaille de Nana. Moi, en revanche, je me dépêchais de le soustraire – et moi avec - à la vindicte de la cousine, gardienne momentanée des lieux.
Je lui tournais le dos mais je l'entendais grommeler derrière moi. Je ne l'écoutais pas. Il valait mieux faire la sourde oreille parce que ses jérémiades et ses cris étaient adressés à ma personne je n'en doutais pas. Je regagnai mes pénates, enfermai Ficelle dans la maison et entrepris tranquillement le désherbage de mon jardin.
Je discutais avec François, mon voisin célibataire qui travaillait dans son potager limitrophe. Il me parlait avec désespoir de ses salades et autres légumes perdus par faute de la sécheresse. Lui aussi bougonnait en trouvant injuste de ne pouvoir arroser ses plantations alors que d'autres, aux alentours se prélassaient dans leur piscine.
- Il y en a que pour les riches dans ce pays. Ils n'ont qu'à aller se baigner dans la rivière. Elle n'est pas loin. Une piscine ! Avec toute l'eau qu'il faut ! Ah ça fait bien d'avoir une piscine. Ils disent que ça donne de la plus value à leurs maisons en béton. Tiens, voilà quelqu'un qui approche. Avec le cochon de Nana. Tu connais ?
Je me redressai vivement et observai avec stupéfaction l'arrivée de la cousine bretonne tenant en laisse un Ronchonchon récalcitrant d'une main et de l'autre un paquet couvert de papier aluminium.
Elle se dirigeait droit sur moi, ignorant l'ami François qui riait sous cape, tant l'attelage était comique. Pensez : un cochon grognon, une grosse ficelle autour du cou, avançant, contraint et forcé par la prise ferme d'une vieille femme bizarrement accoutrée. Moi, je ne riais pas. Je me demandais bien ce qu'elle me voulait. Elle me tendit sa boîte brillante.
- Tenez Madame. Je ne connais pas votre nom. Je vous ai fait un gâteau. Excusez moi pour hier. Mais vous savez j'avais peur pour ces pauvres poulettes.
- Oh merci ! Il ne fallait pas. C'est à moi de m'excuser pour les désordres de mon chien. C'est un kouign amann ?
- Non. C'est un quatre quart. J'ai ramassé les œufs pas trop cassés après votre départ. Je n'aime pas gâcher vous comprenez. Pour le kouign amann il faut beaucoup de beurre et demi-sel en plus. Ici, vous ne connaissez pas le beurre demi-sel. Bah vous ne savez pas ce que vous perdez.
- C'est très gentil. Encore merci. Vous promenez Ronchonchon ?
- J'ai pensé qu'il lui fallait de l'exercice. Il se prélasse à longueur de journée. Il est trop gros. Ce n'est pas bon. Et puis, j'avais l'espoir qu'il m'aide à faire mon tour en me tirant devant. Mes jambes ne me tiennent plus ma pauvre dame. Mais l'animal ne veut pas quitter la basse cour. Je vais rentrer. Bon appétit Madame. Au revoir. Je m'appelle Hortensia.
Hortensia ? Un prénom de circonstance mais je trouvais que la cousine n'avait rien des fleurs bleues ou roses de sa région. Sauf que très certainement elle ne courbait pas la tête sous le vent comme ses homonymes.
Je regardais d'un air dubitatif le paquet que je tenais à la main. Je me demandais si la cousine avait vraiment utilisé les œufs en omelette par terre devant le poulailler..
- Tenez François. Je n'aime pas les gâteaux.
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