Escapades.

02 décembre 2019

L'automne dans mes collines.

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Posté par Yvanne 19 à 12:52 - Commentaires [4] - Permalien [#]


Violette et le cerf-volant.

18 ème devoir de Lakevio du Goût. Thème : s'inspirer de la toile d'Harold Harvey ci-dessous.

Cerf volant

 

 

Viens, Violette. Grimpons sur la colline.

Là-haut, là-haut souffle le vent d'autan.

Nous emmèneront ton rouge cerf-volant.

Avec lui nous volerons jusqu'en Chine .

 

Viens, Violette. Viens. Prends ma main.

Nous ferons ensemble le tour du monde

Emportés par la brise folle et vagabonde.

Laisse tous tes tourments jusqu'à demain.

 

Regarde les nuages allant à petits pas.

Suivons-les jusqu'au bout de l'horizon.

Posés sur ton bel oiseau à califourchon

Allons saluer la lune avant son trépas.

 

Au ciel bleu de nuit meurent les étoiles.

Nous les rallumerons toutes, une à une

Pour voir briller dans tes yeux ma brune

Tes sourires joyeux que le chagrin voile.

 

Tu t'accroches à mon rêve Violette jusqu'au firmament.

Qu'il est doux le temps de l'enfance et des cerfs-volants.

Posté par Yvanne 19 à 08:54 - Commentaires [17] - Permalien [#]

29 novembre 2019

Histoire de truffes.

Pour l'atelier : le Défi du Samedi. Il fallait s'inspirer de cette image. Les commentaires éventuels sont à lire sur le blog du Défi du Samedi.

 

 

  • défi

    Té, Paulo ! Ça va ?

  • Adi Jacky ! Non, ça va pas p'tain !

  • T'es malade ? Tu es blanc comme un cabécou.

  • Eh non, je suis pas malade. Quoique, si. Malade de rage tiens.

  • Oh ! Qu'est-ce qui t'arrive ?

  • Ma truffière p'tain. Elle a été visitée encore une fois cette nuit. Et drôlement cavée.

Les deux copains se dirigent d'un bon pas vers la Vigne Haute pour constater les dégâts. Ils suivent sur le causse, un chemin encore bordé de murailles en pierres sèches à demi-écroulées. Personne n'a songé à changer le nom de la parcelle. Autrefois, avant que le phylloxéra ne fasse des ravages, cette terre produisait un vin réputé dans toute la région. Aujourd'hui, son exposition, son sol caillouteux, « brûlé » dit-on parce que pas un seul brin d'herbe n'y pousse, favorisent le développement du célèbre tubercule que l'on appelle « le diamant noir. »

 

La truffière de Paulo s'étend sur une bonne trentaine d'ares, plantée de chênes rabougris, branchus depuis le pied, qu'il faut élaguer souvent pour laisser de la lumière aux tubercules. Une belle truffière. Qui « donne bien. »

  • Regarde Jackie. Il n'a même pas pris la peine de reboucher les trous ce salaud. Je comptais sur la vente pour me fournir en nouveaux plants et cultiver la terre de Peyrefiche. C'est foutu. Bordel de bordel.

  • Il n'a pas eu le temps d'aller jusqu'au bout du champ. La mouche se promène. T'en fais pas mon Paulo, il en reste encore, va !

  • Je suis à peu près certain que le Louis de Cantegril a fait le coup. Il paraît que son chien a un nez formidable. Pourquoi l'a-t-il dressé : il ne possède pas le moindre petit bout de truffière ? Il chaparde. Il paraît qu'il fournit certains restaus de Sarlat en douce. Je vais le tuer ce con. Cette nuit, je viens avec le 16. Je te jure Jacky : s'il se ramène, je le descends.

  • T'es fou ? Je vais t'accompagner ce soir. J'ai une bien meilleure idée. Je le connais le Louis : une paille en croix, il rentrerait sous terre. On va lui foutre la trouille...

     

En fin d'après midi, Jacky arrête son 4/4 devant chez Paulo. Tout fier de sa trouvaille, il brandit sous le nez de son pote un bras terminé par une main, le tout plus vrai que nature.

- Hein ? Qu'est-ce que tu veux faire de ce truc ? T'as trouvé ça où ?

- T'occupe ! J'ai déniché l'affaire chez mon voisin, le sculpteur parisien. On va rigoler.

 

La nuit venue, juste assez claire pour encourager le malfrat, les deux comparses se rendent à la truffière. Ils n'attendent pas longtemps. A peine Jacky caché derrière la grosse pierre servant au bornage et Paulo à l'affût dans le bois qui jouxte la parcelle, un bruit de pas sur le chemin les alerte.

Un homme, grand et sec, coiffé d'un chapeau lui couvrant presque tout le visage s'avance prudemment. A son épaule pend une musette. Son corniaud lui emboîte le pas. Il s'agit bien du Louis. Le chien, subitement, s'écarte et fonce sur le gros os de bœuf que Paulo a pris soin de poser en bordure du champ. Louis l'appelle doucement mais la bête se régale et feint de ne pas entendre.

 

En grommelant, le voleur se dirige droit vers la partie qu'il n'a pas explorée la veille. Comme l'avaient prévu les deux amis, il commence à creuser en reniflant chaque poignée de terre, juste sous le chêne, à côté du bornage. Soudainement, il se redresse, recule, tombe, hurle pendant que le membre en plâtre que Jacky brandit au bout d'un bâton s'agite sous son nez. Il bondit dans les broussailles comme s'il avait le diable aux trousses oubliant son couvre-chef, son sac et son chien.

  • Il va avoir une attaque plaisante Paulo.

  • Ça l'apprendra à nous prendre pour des truffes ce cochon !    

Posté par Yvanne 19 à 19:43 - Commentaires [2] - Permalien [#]

24 novembre 2019

Un autre regard.

17ème devoir de Lakevio du Goût. S'inspirer de la toile de John Salminen avec, en incipit, la 1ère phrase du texte et en exipit la dernière phrase du même texte. 

JohnSalminen5


J’ai arpenté pendant plusieurs jours le XVIème arrondissement, car la rue silencieuse bordée d’arbres que je revoyais dans mon souvenir correspondait aux rues de ce quartier.  Je cherchais la petite impasse où Maman avait vécu chez ses employeurs juste avant la dernière guerre, dans une demeure de grand luxe, la Hautière.

Elle m'avait conduite dans ce quartier d'Auteuil alors que nous étions en visite chez un oncle et une tante avenue de la Sœur Rosalie dans le 13ème arrondissement près de la place d'Italie. J'avais huit ans lors de ce terrible hiver 1956.
Maman me racontait sa vie d'alors pendant que nous marchions. Je l'écoutais à peine tellement j'avais froid et hâte de revenir à l'appartement chauffé de ma parentèle où nous attendaient chocolat chaud et délicieuses madeleines confectionnée par tante Nini. Je me rappelle seulement les grands arbres dénudés et l'entrée de l'hôtel particulier avec ses deux énormes piliers encadrant un portail en fer forgé. Maman n'arrivait pas à partir. Les deux mains entourant les hauts barreaux des vantaux, malgré ses doigts bleuis, elle regardait encore et encore, essayant d'apercevoir le parc et la maison.

Par la suite, bien qu'ayant vécu en très proche banlieue, curieusement, je n'ai pas éprouvé le besoin de me rendre dans ce coin de Paris. Et Maman s'étant mariée juste après la guerre a dû cesser de travailler pour les de M. Prise par la ferme, son mari et ses enfants, elle ne parlait plus de ses deux années parisiennes.

Ce fut vers la fin de sa vie, alors que la maladie accomplissait déjà des ravages dans sa pauvre tête, qu'elle se mit soudain à évoquer ce court intermède. Je réalisai qu'il avait énormément compté pour elle. Comment ne pas être éblouie par autant de luxe en effet quand, de petite provinciale issue du milieu rural, on se retrouve transplantée dans une sphère aussi riche ? Je me rendais compte qu'elle se persuadait d'avoir, un temps, fait partie intégrante de ce monde. Elle ne se considérait pas comme une employée mais presque comme ayant fait partie de la famille.

Elle parlait des de M. avec un immense respect. Elle disait : « grâce à Madame et Monsieur, j'ai vu des choses magnifiques. Tu ne peux imaginer, ma fille, la beauté de leur résidence à Paris. Bien plus majestueuse que leur castel corrézien. Et puis, leurs invités, des gens célèbres que je servais... »
Elle me racontait la maison avec ses trois étages, sa salle de réception avec un parquet « comme celui de Versailles », sa salle de bal, ses salons où Madame recevait ses amies tellement élégantes, sa bibliothèque pourvue de beaux livres reliés. Elle se souvenait du jardin avec ses pelouses, sa fontaine et ses statues. Et ses rosiers. Elle adorait élaborer des bouquets qui « embaumaient toutes les pièces . ». Elle aimait sa petite chambre de bonne sous les toits d'où elle avait un joli point de vue sur le Bois.

Elle disait « le Bois » comme s'il n'avait existé que le bois de Boulogne. Cela m'agaçait un peu car elle faisait volontairement abstraction de nos belles forêts corréziennes. Elle accompagnait Madame lors de ses promenades « au Bois » et les demoiselles au collège Janson de Sailly. Elle suivait aussi la cuisinière au marché de Passy afin de l'aider à porter les courses. « Nous choisissions les plus beaux légumes et fruits. Des fruits qui venaient de pays lointains et dont je ne connaissais même pas le nom mais qui sentaient si bon. » Et les vitrines des magasins ! Comme elle aimait en vanter les lumières, les parures. Elle pensait que tout le monde était heureux à Paris.

Un jour où la maladie lui laissait quelque répit, elle me dit : « quand tu iras à Paris, ma fille, va à Auteuil. Tu me diras
si tu trouves la maison. Tu te rappelles : je te l'ai montrée quand tu étais enfant . Je ne sais plus le nom de la rue mais la demeure s'appelait  la Hautière parce qu'elle dominait toutes les autres. »

Lors d'un séjour à la capitale, je me suis rendue à Auteuil. C 'était aussi l'hiver et la neige était tombée sur Paris. J'ai cherché la Hautière dans la petite impasse où Maman m'avait emmenée. J'ai fini par la retrouver après avoir sillonné le quartier trois jours durant. J'ai reconnu les piles du portail encore bien droites. Mais plus de portail. Le mur clôturant le jardin était tagué avec de jolies couleurs pastel et on apercevait là-bas, les silhouettes nues des arbres du Bois, fantomatiques sous les lumières des réverbères. La Hautière se blottissait frileusement au fond de son parc abandonné. Elle avait perdu toute sa superbe. Quelques roses de décembre, au pied du monumental escalier, semblaient vouloir encore parer orgueilleusement la demeure.

Qu'allais-je dire à Maman ? Rien. Bien sûr, absolument rien. J'avais honte de penser cela mais j'espérais seulement que la maladie faisant son œuvre, elle ne me parlerait plus jamais de la Hautière. Cependant, je ne pouvais pas quitter les lieux comme ça. Je suis entrée dans le jardin et en pleurant, j'ai cueilli une rose pour elle. J'étais tellement triste. J'aurais dû venir plus tôt à Auteuil quand je pouvais encore lui raconter. J'avais du mal à partir car je savais que je ne reviendrai plus jamais ici. Un petit morceau de la vie de ma mère était irrémédiablement perdu pour elle et pour moi. J'étais dévastée. Ce fut un chagrin désordonné.

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17 novembre 2019

Vélos de course et courses à vélo.

Ecrit pous l'atelier Lakevio du Goût. Devoir n° 16. Il fallait s'inspirer de la reproduction ci-dessous.

 

les vélos

A l'heure où l'on parle, en Limousin plus que partout ailleurs, de Monsieur Poupou qui vient d'entamer sa dernière course pour gagner le paradis, le Goût nous donne à plancher sur un tableau de Miki de Goodaboom . Sûr que Raymond aurait trouvé ce nom bien compliqué – en Limousin, on aime la simplicité - mais puisque cette dame a pris la peine d'immortaliser le Tour de France, il aurait hoché la tête avec contentement. Je peux le dire,  l'ayant connu un peu (Bol d'Or des Monédières, Foire du Livre de Brive, veillées de Noël quand il accompagnait son ami l'accordéoniste Jean Ségurel.)

 

Bon, le maillot jaune sur la toile, ce n'est pas lui mais Jacques, toujours Jacques. Ils roulent au coude à coude comme d'habitude. Et Jacques gagne le Tour comme d'habitude. Mais Raymond ne s'est jamais vraiment formalisé pour ça. On est braves en Limousin.

 

S'il était encore besoin de le prouver, le Limousin se trouve pour les Parisiens dans le trou du cul du monde. Ainsi, notre ami le Goût évoque la bonne ville de Bourganeuf comme lieu de vie de Poulidor. Non, le Goût, Poupou habitait à Saint Léonard de Noblat. Bourgades pas très éloignées l'une de l'autre il est vrai puisque seulement une petite trentaine de kilomètres les séparent. Mais voilà : Bourganeuf se situe dans le département de la Creuse et Saint Léonard en Haute Vienne. Et à chaque cité sa célébrité. Bourganeuf se targue d'avoir retenu prisonnier au quinzième siècle Zizim, fils d'un empereur ottoman, dans une tour qui porte son nom et existe toujours. Saint Léonard se glorifie d'avoir abrité dans son giron un célèbre coureur cycliste. Faut pas confondre.

 

Yvanne, tu nous barbes avec tes détails dont on se moque bien, pense le Goût. Quoi ! Il faut remettre les pendules à l'heure. La précision, c'est important. Quelques secondes seulement séparaient les deux champions Raymond et Jacques. Si Raymond avait bu un verre de jaja de plus et si la seringue de Jacques avait contenu un petit peu moins d'amphétamines, on aurait peut être assisté à un tout autre spectacle. Laissons cela. Que Dieu accueille l'âme du second et conserve celle du premier – tiens, ils ont aussi respecté l'ordre des choses dans la mort - en son saint paradis afin qu'ils puissent se promener ensemble à bicyclette sans rivalité. Elle n'est plus de mise.

 

Je vais vous parler maintenant d'une découverte insolite faite pendant mes dernières vacances d'été.

Mais si, il sera toujours question de vélo et de courses dans mon propos. Sinon le Goût va encore penser : Yvanne, tu nous fais du hors sujet.

 

Or donc, nous avions entamé une longue rando à travers le causse du Larzac, JM et moi – JM, c'est mon époux – sans rencontrer âme qui vive pendant quelques heures. Nous traversions une petite route en haut d'une côte quand nous avons vu arriver un engin extraordinaire. Un caddy de supermarché grimpait ladite côte et avançait sur le bitume à bonne vitesse. Parole : comme nous ne faisions pas la course, nous n'avions pas consommé de produits illicites – nous ne fumons pas et réservons les seringues à la piqûre contre la grippe - et n'avions bu que de l'eau.

 

Éberlués, nous nous sommes arrêtés pour voir la chose de plus près. Derrière le chariot, nous avons bientôt distingué un personnage courbé en deux, ahanant et soufflant. Qu'il y a t-il de tellement étonnant m'objecterez-vous ? Vous n'avez pas compris. L'homme ne poussait pas un chariot de grande surface comme un dératé. Non. Il pédalait sur un vélo tronqué. Je ne vous expliquerai pas comment il avait pu concevoir une telle machine mais il n'en reste pas moins qu'il avait remplacé tout l'avant de la bicyclette par un caddy.

 

Et ça fonctionnait du tonnerre de Dieu. Et ça avait une belle allure. Caddy rose-bonbon et vélo vert-électrique – je n'ai pas dit : vélo électrique ( nous sommes sur le Larzac tout de même) mais couleur vert-électrique - faisaient bon ménage. Quant-à son propriétaire...Un attardé de mai 68 de toute évidence. Il en reste encore sur le Larzac : c'est heureux, nous sommes de la même génération. Il n'était pas engagé dans une course de machines « propres » et insolites comme on aurait pu le croire. Il était seul et venait tout simplement de faire ses emplettes au village voisin.

Dans le caddy, confortablement installé sur une couverture, un petit chien voisinait avec les achats du jour : pain, vin en bouteille et autres marchandises. Nous avons regardé passer le curieux attelage avec intérêt.

 

Au grand amusement de notre drôle de cycliste, nous avons applaudi presque aussi fort que si nous avions vu passer le Tour de France. Avec Raymond en tête naturellement.  

 

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15 novembre 2019

Les permissions du pégou.

 

Il répétait sans cesse «circule, virgule ou je t'apostrophe » quand il croisait quelqu'un sur sa route. Il avait retenu cette formule, chère à l'instituteur du village, du temps où il fréquentait l'école. On l'appelait le pégou parce qu'il était un peu simple, pégou signifiant « idiot »en occitan. Il n'était pas rare chez nous d'avoir un sobriquet, quelquefois son prénom ou son nom juste altéré pour le rendre amusant, ironique...

Le pégou allait jusqu'au bourg pour acheter le pain. C'était la seule escapade autorisée par sa mère. Et ces permissions, si elles faisaient sortir le garçon de ses bois où il vivait reclus avec sa parente, ne se passaient pas toujours le mieux du monde.

Il marchait par à-coup en se dandinant. On aurait dit une marionnette. Les galopins imitaient son balancement des hanches en l'exagérant, ce qui le rendait furieux.

Il inquiétait les petits avec son regard chafouin quand il se promenait dans le hameau. Il se servait d'une grosse branche qu'il brandissait devant lui comme pour se défendre. Personne ne lui voulait de mal bien sûr mais il n'aimait pas que l'on se moque. Et les plus téméraires des gamins ne s'en privaient pas. Ils hurlaient fort son surnom que l'écho répétait à l'envi.

Ses vêtements froissés et toujours imprégnés d'un parfum de sous-bois trahissaient sa propension à dormir à la belle étoile. Il portait autour du cou, au bout d'une ganse, un tout petit chantepleure que l'instituteur révolutionnaire et malicieux lui avait donné parce qu'il était né un 28 juillet, jour de l'Arrosoir (le 10 de Thermidor) selon le calendrier républicain.

Si vous rencontrez un pauvre bougre qui vous prend pour un signe de ponctuation lors de vos balades en forêt, n'ayez aucune crainte : ce n'est que le pégou.

Ecrit pour l'atelier d'Annick : treize à la douzaine. Il fallait écrire un texte en incluant impérativement les douze mots imposés en gras. Le thème : permission, étant aussi le treizième mot.

écrire un texte

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11 novembre 2019

Séance de pose.

Ecrit pour Lakevio du Goût . "Femme essuyant son pied" de Degas.

Degas

 

 

––Voyons, Joséphine, cessez de gigoter !

—Berthe, Monsieur, je me nomme Berthe. Joséphine, c'est mon amie.

—Oui. Oui. Passons.

Qu'est-ce qu'elles s'imaginent, ces gourgandines ? Que je vais retenir leur prénom ?

Joséphine, c'est bien. Un seul prénom pour toutes, cela suffit. Ainsi, je n'ai pas à me casser la tête. Joséphine, c'est ma rabatteuse, ma fournisseuse. Je n'ai plus le temps ni l'envie de fréquenter les bordels, surtout depuis que ...enfin, cette maladie me fait tellement souffrir !

 

—Levez la jambe, bon sang ! Mieux que ça.

Mais je rêve ! Ce vieux barbon est un pervers, bouffé par la luxure. Je l'ai entendu tout à l'heure clamer à un ami : « l'art, c'est le vice. On ne l'épouse pas légitimement, on le viole. » Il n'y a pas que son art qui est vice, on dirait. Je devine bien pourquoi il veut que je lève la gambette encore plus haut.

—Dites, Monsieur, vous me payez pour me peindre nue, pas pour mater mon cul.

—Je m'en fous de ton cul bougresse. Comment veux-tu que je saisisse le mouvement si tu ne m'obéis pas ?

 

Le mouvement, le mouvement, quel mouvement ? Il ne parle que de mouvement. J'en ai marre. Depuis qu'il me demande de bouger tantôt d'un côté, tantôt de l'autre devant cette baignoire...Mais elle est sale cette baignoire ! Dégoûtant ! Heureusement qu'il ne m'a pas demandé d'y entrer. Je ne suis pas riche mais notre petit chez-nous, à mon homme et à moi brille comme un sou neuf. Mon homme ! S'il savait que je suis là, je prendrais une volée. En dehors du boulot, il ne veux pas que je me déshabille devant d'autres hommes. Mais c'est de sa faute aussi à Octave. Il prend tout mon argent. Le samedi soir, après le turbin, quand il m'emmène guincher quelquefois je n'ai même pas une belle robe à me mettre. Alors que Joséphine...Il a de la classe mon Octave. Il est tellement beau ! Et ses toilettes ! Toujours à la mode. Il sait y faire avec les jeunettes qui arrivent de leur province. Elles tombent toutes dans le panneau, ces pauvres oies. Comme moi. Mais je l'aime mon Octave. Alors, je le laisse travailler tranquillement. Quelquefois, il me demande gentiment de leur apprendre le métier. J'obéis pour ne pas le mettre en colère.

 

—Idiote ! Pourquoi relèves-tu la tête ? Je ne veux pas que tu me regardes. Pour qui te prends-tu ?

 

Il hurle maintenant. Je ne sais plus comment me tenir. C'est un fou. Elle ne m'y reprendra pas Joséphine. «  tu verras, il est charmant Monsieur Degas. C'est un gentleman.  Et il paie bien.» Elle repassera pour le gentleman. J'espère qu'il va me donner une belle somme, ça oui ! Je ne l'aurais pas volée. Ah ! J'en rêve de ce joli chapeau dans la vitrine de la rue Quincampoix. Je vais enfin pouvoir l'acheter aujourd'hui.

 

—Tu vas rester longtemps comme ça, la jambe en l'air ? Il faut tout te dire. Pose ton mollet sur le bord de cette baignoire. Prends donc cette serviette et essuie ton pied.

 

N'importe quoi ! Mon pied n'est même pas mouillé. Mon Octave est fou de mes pieds. Il les trouve spirituels. C'est vrai qu'ils sont bien faits. Il n'aimerait pas que je les essuie avec ce torchon répugnant mais pourtant finement brodé. Il a du beau linge Monsieur Degas mais sans doute pas de femme pour tenir son ménage ou alors, c'est une souillon. Et si je lui proposais d'être sa lingère ? Ça me ferait un petit pécule supplémentaire pour gâter ma petite Marie. Comme j'ai hâte d'aller la voir chez sa nourrice la semaine prochaine ! Je vais être très gentille avec mon Octave pour qu'il me donne la permission.

—Allez, ouste, c'est assez pour aujourd'hui. Vous êtes assommante. Je travaille mal avec toi. Je me plaindrai à Joséphine.

—Pardon Monsieur. Vous penserez à mon salaire ?

—Hein ? Quoi ? Elle me réclame de l'argent alors que j'ai perdu mon temps, gaspillé de la toile et de la peinture ? Tu n'y connais rien en mouvement. Fiche le camp.

 

Le goujat ! Cette toile est maintenant exposée au Metropolitan Museum of Art à New York.  

Goût. "Femme essuyant son pied" de Degas.

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09 novembre 2019

Les lapins de Louisette.

Rembrandt,

 

En découvrant ce matin la photo de la toile de Rembrandt que le Goût nous donne à disséquer (!) j'ai pensé : cela tombe bien, je vais écrire sur la crucifixion de Jésus. Je suis en plein dedans – si je puis dire - lisant « Soif » d'Amélie Nothomb. Mais enfin, faire l'amalgame entre le Christ en croix et un bœuf écartelé me semble tout de même un peu...hasardeux. Et Nothomb évoque mieux que moi, bien entendu le martyre du Nazaréen. Même si je me demande pourquoi elle a écrit ce livre qui ne nous apprend rien en définitive.

 

Bref. Je vous parlerai plutôt de la mort annoncée, les vendredis, des lapins de ma voisine Louisette. Plus prosaïque et moins glorieux sans doute. J'entends déjà les hauts cris des défenseurs de la cause animale. Mais que celui qui n'a pas péché – c'est-à-dire jamais mangé de viande – me jette la première pierre.

 

Louisette élevait des lapins, beaucoup de lapins. Il est vrai que ce rongeur possède un réel talent pour la reproduction rapide. Les clapiers de ma voisine débordaient de ces animaux imbéciles qui passent leur temps à assurer l'usure de leurs dents ou à forniquer. Et l'inceste demeure bien le cadet de leurs soucis s'ils en ont. Aussi Louisette prenait à tour de rôle les bestioles qu'elle coinçait entre ses cuisses pour regarder sous leur queue et faire le tri entre mâles et femelles. Elle plaçait ensuite chaque catégorie dans les cages adéquates. Je regardais, étant gamine, cette opération délicate d'un œil intéressé. Quand on vit dans une ferme, on sait très tôt de quoi il en retourne. Bien entendu, elle ne manquait pas, à intervalles réguliers de favoriser l'accouplement en glissant son Pépère – c'est ainsi qu'elle désignait son mâle reproducteur du moment – dans les clapiers des « mamans » en chaleur.

 

Afin de désencombrer sa trop abondante ménagerie, Louisette s'adonnait tous les vendredis à quelques crimes. Elle sacrifiait ses plus gros lapins pour aller les vendre, le samedi matin, au marché de la ville voisine. Après l'école, j'allais par intérêt – comment résister aux délicieuses bugnes qu'elle confectionnait également pour les bourgeoises et dont elle me promettait une poignée – aider la bonne femme à préparer sa marchandise. Ayant été habituée très tôt à ce genre de spectacle, je ne m'offusquais pas outre mesure de la chose. Je ne peux pas dire que cela me réjouissait, certes non, mais pour moi, c'était naturel.

 

Les animaux ne souffraient pas, ma serial killer de Louisette ayant le geste sûr et rapide pour les amener de vie à trépas. Elle utilisait un gros gourdin pour leur donner le coup de grâce, enfin leur porter le coup du lapin quoi. Quand elle voulait faire un civet, elle extirpait un œil de la bête et récupérait son sang dans un bol où elle avait précédemment versé quelques gouttes de vinaigre. Ne criez pas haro, ne poussez pas des criailleries d'effraie, ne vous détournez pas avec un air dégoûté. Ma Louisette n'avait rien d'un bourreau. Elle accomplissait sa tâche simplement, sans état d'âme. Et puis, l'hypocrisie mène le monde : les mêmes qui s'offusquent de la mort d'un animal que l'on tue pour manger, ne manquent pas de se délecter d'un blanc de poulet ou d'un bon steak (tiens, revoilà le bœuf!)

 

C'était après leur mort que j'intervenais. Je tenais fermement la bête par les pattes arrières, la tête en bas, pour que ma voisine puisse dépouiller le lapin de sa fourrure. Puis elle suspendait l'animal à une poutre de l'étable. Quand les cinq ou six victimes étaient à nu, pendantes et offertes, elle pratiquait une césure du ventre afin d'en extirper les entrailles fumantes qu'elle allait ensuite enterrer au fond de son jardin. Pendant ce temps, je décrochais les lapins, les déposais sur un grand torchon que Louisette avait disposé au fond d'une panière. La fermière terminerait ensuite elle -même l'élaboration de ses denrées pour les rendre présentables et alléchantes.

 

Cette coquine de Louisette savait bien que j'attendais mes beignets. Elle me laissait languir prétextant des tâches autrement plus urgentes. Mais je ne la lâchais pas jusqu'à ce qu'elle dispose enfin dans un sachet, avec un sourire malicieux, quelques pets de nonnes bien dorés et sucrés à point. Juste récompense pour l'avoir assistée dans cette affaire qui en aurait rebuté plus d'une.  

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06 novembre 2019

Jour des morts et monument funéraire.

 

 - Je n'y couperai pas   siffle entre ses dents le petit Marius. Rageur, il donne des coups de poing dans la porte de sa chambre bleu-azur. Ça y est, Mamie Germaine l'appelle. Voici l'heure de se rendre au cimetière.

Si elle pouvait se prendre les pieds dans le tapis, ce serait chouette. Chouette ! Chouette ! Mamie ressemble à une vieille chouette chantonne-t-il en faisant des pirouettes.

- Allez Marius ! Dépêche-toi. Papy nous attend.

Qu'est-ce qu'elle est bête ! Papy Maurice nous attend pas : il est mort quand le camion de sable s'est renversé sur lui. Et puis la touche de Germaine : elle y est pas allée mollo sur le rouge à lèvres et la poudre de riz. Justement, si Papy la voyait il lui ferait encore – c'est Germaine qui disait ça - son récit académique, non, adamique : « pas étonnant que l'autre, là-haut, dans son Jardin se soit fait avoir. Toutes les mêmes... » Je ne comprenais pas trop ce qu'il voulait dire mais Mamie se précipitait vers son tricot ou son tissage en lui répondant qu'elle en faisait de la balançoire, enfin qu'elle s'en balançait de ses réflexions à la c.

Bon. Nous y voilà à la nouvelle maison de Papy. Mamie crâne en répétant pour la centième fois à la famille présente qu'elle a voulu un monument vena...cu...je ne sais plus, vernaculaire je crois pour son cher époux disparu. En tout cas, c'est très moche moi je trouve. Et la voilà qui pleure. Tu parles, pas pour de vrai : elle arrêtait pas de l'engueuler ce pauvre Papy alors !

- Venez tous à la maison pour une petite collation s'écrie Germaine subitement consolée. Ouf ! Heureusement parce que moi je me les gèle.

 

Texte écrit pour l'atelier d'Annick : Treize à la douzaine. Les mots à insérer (12) impérativement dans son texte sont ceux en gras. Le thème : monument.

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04 novembre 2019

La maison d'Hélène.

 

 

Je l'attendais toute l'année. Mais Hélène venait au village uniquement pour les vacances d'été. Elle résidait à l'étranger où son père était diplomate.

 

Dès le début du mois de juillet, je commençais mes allées et venues devant sa maison guettant son retour. J'allais très souvent me poster sur la colline dominant le bourg d'où j'avais une vue excellente sur la route que la voiture noire de ses parents emprunterait. Combien d'heures ai-je passées là-haut, assise dans l'herbe, genoux repliés, bras croisés, les yeux braqués sur l'horizon ? Mais les Duverdier arrivaient la plupart du temps de nuit après un long voyage.

 

Au matin, depuis la fenêtre de ma chambre, je frémissais de joie quand, enfin, j'apercevais le portail mangé par la rouille, grand ouvert. J'expédiais le plus vite possible les tâches qui m'incombaient à la ferme au grand dam de ma mère qui se plaignait de mon manque d'application. Elle clamait d'un ton amer :

- Ah, les bourgeois sont revenus ! Et la pimbêche avec. Mais dis-toi, ma fille, que le travail ne manque pas ici. Ton Hélène n'a rien d'autre à faire que se montrer. Toi, tu dois t'occuper de tes frères et sœur d'abord. 

 

J'enrageais mais je devais attendre l'heure de la sieste pour m'esquiver. Je fonçais alors vers la grande maison, ravie de voir tous les volets ouverts. Je l'aimais cette bâtisse, au moins autant que j'aimais Hélène. Elle, elle la méprisait et maugréait en haussant les épaules :

- Tu as vu, la baraque ? Encore un peu plus miteuse chaque année. Et puis, ça pue le moisi là-dedans. Et ces meubles, quelle horreur ! Si au moins mes parents s'en occupaient. Mais non. Ils apprécient de la garder « dans son jus »

 

Je ne comprenais pas cette aversion pour la plus belle maison alentour à mes yeux. Moi, je la trouvais majestueuse malgré, c'est vrai, une certaine décrépitude. Pour moi, cela ajoutait à son charme. Et puis, je ne lui trouvais pas une odeur de moisi, non, elle baignait dans un parfum mystérieux, suranné. Je m'arrangeais pour que mon amie me conduise à l'intérieur alors qu'elle préférait le parc avec ses grands arbres, certains exotiques : orangers des Osages, cèdres, sequoias...Le parc, je le connaissais par cœur m'y introduisant très souvent par une brèche bien cachée. C'était mon secret. Mais la maison, je n'osais m'en approcher de peur d'être découverte. Cependant je la saluais de loin. J'avais l'impression qu'elle appréciait mes visites.

 

J'entraînais Hélène bien vite sur le perron aux pierre disjointes et par les grandes portes-fenêtres, nous pénétrions dans le hall. Dieu, que je l'admirais ce hall ! Immense, flanqué de deux colonnes de marbre rose , avec, au sol, des entrelacs de mosaïque aux couleurs fanées, meublé sobrement de consoles en bois précieux portant de grands vases en porcelaine de Chine. J'étais subjuguée. Mais Hélène s'impatientait et nous rejoignions sa chambre où elle s'écroulait sur son lit pour me raconter ses histoires d'amour. J'aurais préféré inventorier la bibliothèque personnelle très fournie qu'elle avait la chance de posséder. Elle me prêtait volontiers ces livres qui ne l'intéressaient pas. C'est ainsi que j'ai pu lire Hugo, Proust, Stendhal, Sand et Colette, Madame de Sévigné que j'affectionne et bien d'autres encore. Sans oublier Rimbaud, Apollinaire...

 

Quand il pleuvait, la maison étant humide, nous nous réfugions dans le salon où flambait un grand feu de cheminée. Avec retenue de peur d'abîmer ou de salir, je m'installais dans un fauteuil à la tapisserie ancienne que mon amie me désignait négligemment. Je l'écoutais me raconter son existence dans le pays étranger où elle vivait, ne sachant que dire pour ma part. Qu'avais-je à lui confier à part mes évasions dans les bois, mes courses sur les sentiers, mes rencontres inattendues avec les animaux sauvages, mes cueillettes de fleurs ou de fruits ? Elle s'en moquait et me traitait de petite paysanne sauvageonne. Je ne lui en voulais pas. Sa vie était tellement plus passionnante que la mienne pensais-je.

 

Si elle était de bonne humeur, Hélène consentait à me faire visiter encore une fois la maison quand je l'en priais. Elle ne s'expliquait pas mon engouement pour toutes ces vieilleries comme elle disait. Je me taisais et je notais tout dans ma tête : les meubles, les tableaux, les tapis, les beaux objets...pour m'en souvenir plus tard.

 

Quand venait la fin de l'été, la demeure perdait ses habitants et le portail rouillé se refermait pour un an. Hélène allait me manquer parce que sa présence m'ouvrait des horizons inconnus. Mais il me restait sa maison dont je m'instituais la gardienne. Je pouvais imaginer que j'y vivais seule, déambulant parmi ses différentes pièces, caressant ici un bureau d'acajou, redressant un portrait d'ancêtre, tapotant un dessus de lit finement brodé au poinct de Tulle.

 

Ces rêveries et les quelques visites que je faisais de loin à la vieille bâtisse depuis son parc suffisaient à la garder vivante et bien au chaud dans mon cœur. Elle m'appartenait alors bien plus qu'à Hélène et j'en tirais une certaine fierté.  

Posté par Yvanne 19 à 08:46 - Commentaires [17] - Permalien [#]