Escapades.

21 mai 2022

Heureux les pauvres !

Pour le Défi du Samedi. Le mot : grigou

 Heureux les pauvres !

 

      Alors Père François te voilà enfin !

  • Oh pas de mon plein gré Saint Pierre. Je serais bien resté un peu plus en bas. J'étais bien tranquille l'été assis sur le banc devant ma porte à fumer ma pipe et l'hiver au chaud dans mon cantou.

  • Ah ça, tu te la coulais douce mon bon. Mais tu as coûté assez cher à la sécu et à ta caisse de retraite. Si je fais le calcul, tu as travaillé une quarantaine d'années à peine et tu as profité 40 ans. Et même un peu plus. Bref, à 95 ans il était temps de calancher. Et de rendre des comptes.

  • Rendre des comptes ? A qui ? J'ai pas de compte à rendre.

  • Tu vas te confesser et ne me fais pas le coup de ton homonyme.

  • De qui vous parlez ? Du pape ?

  • Te fous pas de moi. Tu n'améliores pas ton cas. Raconte plutôt ton passage sur Terre.

  • Y a pas grand chose à raconter. Et puisque vous savez tout vous n'ignorez pas que j'ai travaillé dur. Et vous pouvez penser ce que vous voulez, sauf votre respect, ma retraite je l'ai bien méritée.

  • Hum hum tu étais facteur il me semble...

  • Oui et sûrement pas un petit travailleur tranquille. J'aurais voulu vous y voir sur la bécane avec des sacoches pleines de courrier. Sans compter la grosse musette sur le dos. Et dans les Monédières (montagnes corréziennes) ça grimpe je vous dis que ça.

  • Peut être peut être mais on te récompensait bien dans les villages. Le petit canon ou le café sur un coin de table et...la pièce. Surtout la pièce !

  • Oh la pièce la pièce ! Ils sont pas très généreux les paysans. Tous des grippe-sous.

  • Hein ? Quoi ? Tu oses ? Tu ne manques pas d'air François.

  • Pourquoi vous dites ça ?

  • Quand je pense que tu laissais trimer cette pauvre Bernadette sans jamais lui donner un sou ! Pendant que tu amassais, elle tirait la langue. Tu trouves que c'est chrétien ça ?

  • Oh oh comment ça, elle tirait la langue ? Elle avait l'argent du marché avec ses volailles, ses lapins, quelques légumes du jardin. Je lui demandais rien moi. Mais elle, elle me réclamait une partie de ma paye et je lui ai jamais refusé.

  • Encore heureux ! Il fallait bien qu'elle règle les factures et tout le reste. Et qu'est ce que tu faisais de tes pourboires ? Dis-moi un peu. Parle-moi de la boîte à sucre que tu cachais dans ton verger. Elle contenait quoi la boîte à sucre ? Des images pieuses ? Tu peux te gratter la tête. Tout le monde admirait tes pommes d'un jaune... Oui c'est ça d'un beau jaune d'or. Tu ne t'aies jamais demandé pourquoi elles avaient cette jolie couleur ? Non bien sûr tu ne voulais pas savoir. J'avais beau te mettre ton péché sous le nez rien n'y faisait.

  • Vous allez pas me dire que c'est un péché d'être prudent ! Moi les banques, les assurances tout ça j'avais pas confiance. Mon argent c'était mon argent et je le plaçais où ça me faisait plaisir. Vous êtes là à me faire la morale mais nom de d.oh pardon ! J'aimerais bien savoir si vous faîtes de même avec tous ces magouilleurs de politiques. Et même les religieux tiens. Il paraît que le Vatican...

  • Suffit.

  • Oui c'est ça. Je préfère me taire. Mon argent je l'avais pas volé. Et puis hein il fallait bien mettre un peu d'oseille de côté si on voulait en avoir devant soi.

  • Ça va. Laisse les aphorismes à Joe Krapov. Il s'en sort mieux que toi.

  • C'est qui celui là ? Un russe ? Pas un copain à Poutine tout de même ? Vous n'oseriez pas en parler avec tout ce qui se passe. Que d'ailleurs vous pourriez dire à votre patron d'y mettre le holà ! Si c'est pas une honte de laisser faire des choses pareilles.

  • Change pas de sujet. Je te trouve sacrément gonflé François de me dicter ma conduite toi qui as ignoré toute ta vie la misère d'autrui. Pas comme ta femme cette pauvre Bernadette qui faisait la charité comme elle pouvait à ton insu. Morte trop tôt. Usée. Tu te doutes bien que le bon Dieu l'a reçue au Paradis.

  • C'est bien normal. Elle allait à Lourdes souvent . Et d'ailleurs je lui demandais de prier pour moi. Elle peut vous le dire. Vous savez, moi, les bondieuseries...c'est pas trop mon affaire.

  • On va y venir. Alors combien de louis d'or et de napoléons dans ta boîte à sucre ?

  • Faut pas exagérer Saint Pierre. Une dizaine tout au plus.

  • Menteur va ! Tu crois que je ne te voyais pas le dimanche pendant que Bernadette – cette sainte femme - était à la messe ? Tu t’empressais de déterrer ton magot, d'étaler ta fortune sur la table de la cuisine, de compter et recompter. A en attraper le tournis. Tu n'es qu'un pitoyable grigou. Tu n'as pas suivi l'exemple de ton saint patron qui a été heureux sans le sou. Tu es bien avancé. Tu sais quoi mon brave : c'est Jeantou ton voisin qui a récupéré ton trésor.

  • Le Jeantou ? Pas possible ! Pas lui, pas lui. Comment il a fait ? C'est pas un honnête ça non ! Vous voulez que je vous raconte ce qu'il a fait pendant la guerre ?

  • N'aggrave pas ton cas. Lui non plus ne l'emportera pas au Paradis. Il ne va tarder à rappliquer d'ailleurs. Tu vas rester au purgatoire jusqu'à ce qu'il arrive. Je suis curieux de voir comment vous allez vous expliquer tous les deux. Le bon Dieu me doit bien une récréation avec tout le travail que je fournis. Et je n'ai pas la pièce moi !

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16 mai 2022

Ernest en hippy.

Ernest copie

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12 mai 2022

Histoire de truffes.

Pour le Défi du Samedi.


        —
Té, Paulo ! Ça va ?
        —
Adi Jacky ! Non, ça va pas p'tain !
        —
T'es malade ? Tu es blanc comme un cabécou.
        — 
Eh non, je suis pas malade. Quoique, si. Malade de rage tiens.
        —
Oh ! Qu'est-ce qui t'arrive ?
        —
Ma truffière p'tain. Elle a été visitée encore une fois cette nuit. Et drôlement cavée.   
      
Les deux copains se dirigent d'un bon pas vers la Vigne Haute pour constater les dégâts. Ils  suivent sur le causse, un chemin encore bordé de murailles en pierres sèches à demi-écroulées. Personne n'a songé à changer le nom de la parcelle. Autrefois, avant que le phylloxéra ne fasse des ravages, cette terre produisait un vin réputé dans toute la région. Aujourd'hui, son exposition, son sol caillouteux, « brûlé » dit-on parce que pas un seul brin d'herbe n'y pousse, favorisent le développement du célèbre tubercule que l'on appelle « le diamant noir. »

La truffière de Paulo s'étend sur une bonne trentaine d'ares, plantée de chênes rabougris, branchus depuis le pied, qu'il faut élaguer souvent pour laisser de la lumière aux tubercules. Une belle truffière. Qui « donne bien. »
        —
Regarde Jackie. Il n'a même pas pris la peine de reboucher les trous ce salaud. Je comptais sur la vente pour me fournir en nouveaux plants et cultiver la terre de Peyrefiche. C'est foutu. Bordel de bordel.
        —
Il n'a pas eu le temps d'aller jusqu'au bout du champ. La mouche se promène. T'en fais pas mon Paulo, il en reste encore, va !
        —
Je suis à peu près certain que le Louis de Cantegril a fait le coup. Il paraît que son chien a un nez formidable. Pourquoi l'a-t-il dressé : il ne possède pas le moindre petit bout de truffière ? Il chaparde. Il paraît qu'il fournit certains restaus de Sarlat en douce. Je vais le tuer ce con. Cette nuit, je viens avec le 16. Je te jure Jacky : s'il se ramène, je le descends.
        —
T'es fou ? Je vais t'accompagner ce soir. J'ai une bien meilleure idée. Je le connais le Louis : une paille en croix, il rentrerait sous terre. On va lui foutre la trouille...
          
En fin d'après midi, Jacky arrête son 4/4 devant chez Paulo. Tout fier de sa trouvaille, il brandit sous le nez de son pote un bras terminé par une main, le tout plus vrai que nature.
      —
Hein ? Qu'est-ce que tu veux faire de ce truc ? T'as trouvé ça où ?
      —
T'occupe ! J'ai déniché l'affaire chez mon voisin, le sculpteur parisien. On va rigoler.

La nuit venue, juste assez claire pour encourager le malfrat, les deux comparses se rendent à la truffière. Ils n'attendent pas longtemps. A peine Jacky caché derrière la grosse pierre servant au bornage et Paulo à l'affût dans le bois qui jouxte la parcelle, un bruit de pas sur le chemin les alerte.
Un homme, grand et sec, coiffé d'un chapeau lui couvrant presque tout le visage s'avance prudemment. A son épaule pend une musette. Son corniaud lui emboîte le pas. Il s'agit bien du Louis. Le chien, subitement, s'écarte et fonce sur le gros os de bœuf que Paulo a pris soin de poser en bordure du champ. Louis l'appelle doucement mais la bête se régale et feint de ne pas entendre.


En grommelant, le voleur se dirige droit vers la partie qu'il n'a pas explorée la veille. Comme l'avaient prévu les deux amis, il commence à creuser en reniflant chaque poignée de terre, juste sous le chêne, à côté du bornage. Soudainement, il se redresse, recule, tombe, hurle pendant que le membre en plâtre que Jacky brandit au bout d'un bâton s'agite sous son nez. Il bondit dans les broussailles comme s'il avait le diable aux trousses oubliant son couvre-chef, son sac et son chien.
        —
Il va avoir une attaque plaisante Paulo.
        —
Ça l'apprendra à nous prendre pour des truffes ce cochon !

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Partie de chasse.

Pour le Défi du Samedi.

 

Paulo et Jacky au téléphone :

 

    • Hé Jacky, écoute un peu !Tout à l'heure, en cavant à Cantegril, j'ai aperçu le Louis.

    • Encore ! Ça ne lui a pas suffi ? Il lui faut peut être une autre leçon. On va s'en charger mon Paulo.

    • Non. Non. Il ne faisait que passer. Il allait chasser.

    • Tout seul ?

    • Oui. Pas rancunier, il s'est arrêté pour me faire la conversation. Tu me croiras pas : il m'a même demandé si ma truffière “donnait”bien. Il se fout de ma gueule.

    • Tu es sûr qu'il allait à la chasse ? Je suis un peu surpris : il fait partie de l'équipe à Pierrot. Et en général, ils chassent en fin de semaine.

    • Justement. Il les a lâchés : “tous des cons qui ne pensent qu'à la picole.” Il n'a pas envie de se faire trouer la peau qu'il dit.

    • Et il chassait quoi ? La bécasse ? Ça m'étonnerait : il ne s'intéresse qu'au gros.

    • Tu as raison : il allait au sanglier.

    • Tout seul ? Tu plaisantes ?

    • Non Jacky. Il m'a raconté qu'il avait repéré un énorme mâle dans les fourrés de la Besse. Il compte bien l'avoir avec l'aide de son Taïaut. Je pense plutôt qu'il veut le chouraver aux autres.

    • Il est quand même fort ce Louis. Son chien est aussi bon à la chasse au gibier qu'à celle des truffes. Ses anciens potes vont le regretter.

    • Ma parole, tu l'admires ! Tu dirais pas la même chose s'il te volait tes canards. Dis-donc, Jacky, je pense qu'il se promène toujours là-bas, à la Besse. T'as pas envie de te distraire un peu ?

    • Je ne demande pas mieux. Mais attention quand même : il a son flingue. Et comme il n'est pas fin...

    • Rejoins-moi à Cantegril. J'y vais de ce pas.

    • Qu'est-ce que t'as en tête ? Fais pas l'andouille Paulo.

    • Viens je te dis.

    • J'arrive.

Un peu plus tard...

    • T'en as mis du temps. Dépêchons-nous avant qu'il se lasse de faire le pied.

    • Je me demande bien ce que tu trafiques Paulo. Je suis pas tranquille.

    • Conneries. Tiens, le voilà ! Le cul en l'air. Je sais pas ce qui me retient de lui coller mon pied aux fesses.

    • Qu'est-ce qu'il fabrique ?

    • Il renifle la terre pour chercher l'odeur du cochon. Il se relève. Pas de doute, la bête a passé ici. Suivons le chien à distance.

    • Si tu me dis pas ce que tu mijotes, je fous le camp.

    • Ho Jacky, t'as pas la trouille quand même ? T'inquiète, ça craint pas. Mais je lui garde un chien de ma chienne au Louis. Toutes ces belles truffes qu'il m'a volées ? Tout cet argent perdu à cause de lui ? Il faut qu'il rembourse un peu et à ma façon. Je veux pas lui faire de mal mais me venger. Jusqu'à ce qu'il comprenne.

    • Tu peux faire ce que tu veux Paulo. Il a la chapardise dans la peau cet animal.

    • On verra bien. Regarde ce fourré où Taïaut vient de s'engouffrer. Le sanglier bauge là. Va te planquer derrière ce gros châtaignier et laisse-moi faire. Voilà le Louis qui s'amène. Je file.

Au bout de quelques minutes, une pétarade éclate. Ô la belle bleue ! La belle rouge ! Et puis la verte ! Un superbe feu d'artifice s'élève au-dessus des buissons d'épine. Un sanglier, noir comme le charbon, déboule à fond suivi par le chien qui hurle à la mort tandis que le Louis qui en a vu 36 chandelles, laisse tomber son fusil et évite de justesse la charge de la bête. Effaré, l'homme regarde à droite, puis à gauche et comprenant soudain sans doute, siffle son Taïaut, prend la tangente, la queue entre les jambes. Comme son chien.

Paulo, sans plus attendre, rejoint son copain écroulé de rire et explique, goguenard :

- Il me restait quelques pétards de l'arrosage du bac de mon fils Jérome.

Posté par Yvanne 19 à 18:44 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Revanche.

Pour le Défi du Samedi. Le mot : entourloupette.

 

  • Allo ! Paulo Paulo amène-toi. Vite.

  • Quoi ? Qu'est ce qui se passe encore ? Tu pourrais dire bonjour quand même !

  • Pas le temps. Viens.

  • Où ? Chez toi ?

  • Ben oui. Pas chez le pape.

  • J'ai plein de boulot Jacky et la Josette...

  • On s'en fout de la Josette. Rapplique je te dis.

  • P'tain, explique-toi. Qu'est ce qui te turlupines ?

  • C'est le Louis. Il m'en a fait une. Et ça te fait rire ?

  • Fallait s'y attendre après le coup du bras en plâtre et celui du sanglier.

  • Je te demande pas ton avis. Tu viens m'aider oui ou non ?

  • A faire quoi ?

  • Oh et puis tu m'énerves. Laisse tomber. Je vais me débrouiller tout seul.

  • T'agace pas. C'est bon j'arrive.

 

Jacky est dans une colère noire. Ce matin, en allant à la Vigne Haute travailler sa truffière il a trouvé le chemin qu'il emprunte avec son tracteur complètement bouché. Pas de doute : c'est un mauvais coup de ce chameau de Louis.

- Te voilà quand même ! Grouille. J'ai pas que ça à faire.

- Enfin Jacky, tu vas m'expliquer ?

- On y va. Tu vas comprendre.

Les voilà partis vers le champ aux truffes, juchés sur le tracteur. Au bout du chemin de terre, un amoncellement de vieux outils agricoles bloque complètement le passage.

Paulo s'esclaffe.

- Ça va pas non ? Tu te fous de ma gueule ? Ça t'amuse les entourloupes de l'autre abruti ?

- Faut pas exagérer. Une entourloupette tout au plus. C'est de bonne guerre après les vacheries...

- La ferme. Il a pas le droit de m'interdire l'accès à ma parcelle.

- Oh oh ! T'y vas fort là. Pas le droit. Pas le droit. Tu sais très bien que ce n'est pas un chemin. Il est chez lui le Louis. Il t'a autorisé à passer pour t'éviter un grand tour. Mais il n'est pas aussi fou qu'on veut bien le dire. Et si tu continues...

- C'est ça ! Défends le ! Je vais le laisser ramasser toutes mes truffes pardi !

- Je dis pas mais on a peut être poussé le bouchon un peu trop loin.

- M'en fiche ! Et puis je vois pas pourquoi tu pleures maintenant. Il me semble que t'étais d'accord non ? Allez on dégage tout ça.

Jacky grimpe sur une charrette en bois pleine de vieux pneus. Alors qu'il s'apprête à les jeter un à un, des cris l'obligent à lever la tête.

- Oh milladiou Paulo ! Quand je te dis que le Louis n'a pas toute sa tête : il s'amène avec sa pétoire. Foutons le camp, il est bien capable de nous canarder.

- Ah mes salauds ! Vous faites moins les kékés là ! Rira bien qui rira le dernier. Parole de Louis. No pasaran mes poulets. Et toi, le fiflo de Jacky, tes truffes, tu peux te boucher le...avec. J'en ai rien à battre puisque je me casse à la maison de retraite à la fin de l'année. Les sous j'en aurai en vendant tout. Mais pas question que ce soit à toi comme tu le crois si fort. Ça non. Et même si tu veux savoir ton copain bien aimé là, le Paulo, me fait les yeux doux pour acheter. Ah ah ! Peut être bien que je vais le choisir. En attendant le notaire, que je vous vois encore ici et je...

La suite a été censurée mais je peux vous assurer que Jacky et Paulo n'ont pas demandé leur reste quand Louis leur a déversé une tonne d'insultes en tirant des coups de fusil dans leur direction. Les deux compères ont-ils réglé leurs comptes dans la foulée et leur amitié a-t-elle résisté à l'affaire... ? Il va falloir que j'enquête !

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27 avril 2022

Ernest et l'eau.

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Ernest a 22 mois aujourd'hui.

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05 avril 2022

Aux Anges etc.

Défi du Samedi. Le lot : zythologue.

 

La Brasserie des Anges. Le nom d'une brasserie de bière corrézienne. L'officiante – je la désigne ainsi car il s'agit bien d'un sacerdoce comme pour les prêtres - s'appelle Stéphanie. Elle a commencé dans la tisane mais c'est une autre histoire. Quoi qu'il en soit, toujours une boisson, chaude il est vrai. Mais Stéphanie ne craint ni le chaud, ni le froid ! On peut aussi employer, pour parler de son second métier le terme savant de zythologue. Une œnologue de la bière quoi. A ceci près que Stéphanie met la main à la pâte de A à Z. Cette jeune femme dynamique n'est pas superstitieuse puisqu'elle utile un triskaidécasyllabe pour évoquer poétiquement le breuvage qu 'elle élabore : « entendez-vous dans nos bières le murmure de l'amer ».

Quand on pénètre dans l'antre de la propriétaire des lieux, une ancienne grange, on est accueilli par des senteurs typiques et de joyeux crépitements de feu de bois. Ça flambe sous les chaudrons de cuivre !

Un regard circulaire informe de suite le visiteur qu'il se trouve aussi dans un atelier d'artiste où règne un bric à brac plein de fantaisie et d'humour. Ainsi vieilles motos, vieux outils voisinent gaiement avec un piano, des tonneaux bien sûr et bien d'autres objets hétéroclites. Tout respire l'authenticité et la joie de vivre.

Mais que l'on ne s'y trompe pas ! Stéphanie est une femme courageuse et volontaire, soucieuse de produire une bière où elle met toute son énergie et sa sincérité. Elle revendique de fabriquer une boisson 100 % artisanale et ancestrale. Le malt et le houblon sont très sérieusement sélectionnés. La brasseuse utilise également du blé noir cultivé en Haute Corrèze pour élaborer l'une de ses productions. Elle brasse à la force des bras avec de l'eau pure émanant du massif des Monédières, montagnes corréziennes. Le brassage s'effectue en tonneau, la cuisson en chaudron de cuivre et la fermentation en fût de chêne. On notera la façon très écologique de procéder. Il n'y a pas non plus de gaspillage chez Stéphanie. Les résidus de malt sont donnés aux agriculteurs du coin pour leur bétail. Ceux du houblon, après ébullition et égouttage entrent dans la fabrication d'un savon de la Savonnerie des Monédières.

Stéphanie a concocté 10 bières très différentes en degré d'alcool et en goût. Les couleurs des breuvages vont du blond à l' ambré en passant par le blanc, le noir, le brun et le rosé. Ce dernier doit sa couleur – et sa saveur – à l’adjonction, lors de la fermentation, de framboises également cultivées exclusivement en Corrèze. La magicienne – mais oui, Stéphanie est une magicienne – a donné à ses créations de jolis noms qui chantent l'occitan comme « « la blancha au blat negre » , « una sason en Correza » « l'occitana dobla » etc...

Pour la petite histoire, l'une des bières - « Cristofora d'Aubazina » - porte le nom de sœur Christophora, une religieuse d'origine irlandaise qui vit seule à la célèbre abbaye d'Aubazine (Coco Chanel) . La gardienne de l'abbaye est une « grande amatrice de bière devant l'Eternel » souligne son amie Stéphanie. D'ailleurs, la moniale, dotée dit-on d'un caractère volcanique cultive dans la ferme adjacente au monastère du houblon sauvage pour Stéphanie. Cette dernière, qui orne ses étiquettes d'anges plutôt dénudés a, pour l'occasion vêtu pudiquement celui qui figure sur les bouteilles dédiées à la nonne, d'une robe et d'un voile. Malicieuse Stéphanie !

Si vous passez par là ne manquez pas de « faire un saut » comme on dit ici à Chamboulive, à la brasserie des Anges où Stéphanie vous accueillera chaleureusement et vous fera découvrir avec fierté ses productions originales, savoureuses et parfumées.

Posté par Yvanne 19 à 16:20 - Commentaires [0] - Permalien [#]

31 mars 2022

Ernest fait ses petites courses !

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28 mars 2022

Ma madeleine.

Défi du Samedi. YOUYOU.

 

Carnaval et Mardi Gras étaient fêtés en même temps dans la famille. Généralement le jeudi, jour sans école. Je me souviens d'une seule fois où nous nous étions déguisés mes frères, des voisins de notre âge et moi. Mes réminiscences ne sont pas très précises. Juste que nous étions allés, habillés de vieux vêtements trouvés dans les greniers, visiter deux ou trois villages des environs pour quémander quelques bonbons. L'accueil fait par les gens et la récolte de friandises n'ayant pas été très satisfaisants il faut croire nous n'avons jamais recommencé. Tout simplement, une telle pratique n'entrait pas dans les mœurs campagnardes des années 60.

Cette fête avant Pâques se passait donc sans tralala et personne n'y trouvait à redire. Maman tenait malgré tout à marquer le coup en cuisinant un repas amélioré. Pour le dessert elle préparait ce que nous aimions tous, nous les enfants : du riz au lait accompagné de gelée de groseille maison. C'était de début du festin.

Mais ce n'était pas là le meilleur. Nous attendions le goûter avec une grande impatience. Je don- nerais toutes les pâtisseries des grands chefs pour déguster encore les beignets de Maman, les fameuses cambedouilles (jambes de brebis) – de l'occitan camba : jambe et oelha : brebis. Elle n'en préparait pas souvent c'est certainement aussi pour cela que j'en garde un souvenir ému et gourmand.

J'en confectionne moi-même et j'en ai mangé beaucoup à droite ou à gauche. Mais jamais d'aussi délicieux. Maman avait, comme on dit le « tour de main » et sans doute un secret qu'elle gardait jalousement. Et puis il y a l'enfance qu'on magnifie un peu.

On appelait aussi le beignet « pet de nonne » ou « bugne ». L'appellation diffère selon les régions. On le désigne par « merveille » « oreillette » « bugnolle » « bottereau » « tourtisseau » et sûrement possède-t-il d'autres noms encore. J'ai découvert chez Monsieur Wiki qu'en Espagne c'est « resquilla » ou « rosca » et pour en venir enfin au dico-Walrus « youyou » en Tunisie.

J'ai constaté que la recette est partout sensiblement la même  avec à peu près les mêmes ingrédients  dans les mêmes proportions : farine, sucre, sucre vanillé, œufs, lait, levure. Le reste est affaire de la cuisinière et surtout de son talent.

Pas d'huile d'olive chez nous comme pour les youyous tunisiens. Maman utilisait du beurre de la ferme et ajoutait du rhum. Elle les égouttait quand ils sortaient de la friture, les roulait ensuite dans un plat plein de sucre en poudre. Les tunisiennes les enduisent plutôt de miel.

 Nous ne perdions pas une miette de la préparation et de la cuisson – surtout de la cuisson. Ce qui n'empêchait pas les disputes pour lécher le récipient en passant un doigt agile tout autour quand ce dernier était vide de pâte. Mais il fallait attendre qu'un énorme monticule doré, bien saupoudré et odorant trône sur la table de la cuisine pour enfin pouvoir déguster les friandises bien gonflées et moelleuses. Un régal inoubliable. Ma madeleine.

Posté par Yvanne 19 à 17:23 - Commentaires [0] - Permalien [#]